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JESUS A NOS CÔTES DANS NOS "FOURNAISES" Partie 2
Par Joëlle.
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Août 2002 : G, ma
fille est très fatiguée. Elle va se coucher aussitôt le repas terminé, et je
dois la réveiller pour aller au travail. Le soir, c'est la même chose.Elle a
gardé les jumeaux de la voisine pendant quinze jours, c'est normal qu'elle soit
fatiguée…Les vacances chez ma sœur vont arranger ça.Mais là-bas, elle passe son
temps au lit ou dans le canapé et elle rentre en encore plus mauvais état. Là,
je commence à m'inquiéter. En rentrant, elle me montre une boule dans son
ventre. Quelque chose de très dur qui ne me plaît pas du tout. J'aimerais
qu'elle consulte, mais elle est réticente, elle trouve que je vois des cancers
partout…Le mardi soir suivant, le 3 septembre, je suis très mal à la réunion de
prières. Je pleure et je demande au Seigneur de nous
éclairer. Deux prophéties sont
données, complémentaires. La première pour le peuple : " Si vous connaissiez la
profondeur de l'amour de Dieu pour vous, vous n'auriez pas de crainte . Regardez
à Jésus, c'est Lui qui tient tout dans sa main, etc… ". La deuxième, je la
prends de plein fouet. Elle reprend celle qui vient d'être donnée et me dit : "
Malgré les nuages noirs qui s'amoncellent dans ton ciel, sois en paix. Si tu
savais de quel amour Jésus t'aime, tu ne craindrais pas les temps difficiles qui
vont venir. L'amour de Jésus est immense, regardes toujours à Christ, le secours
est en Christ. " Je suis effondrée.
Je suis à la fois rassurée par la promesse mais terriblement inquiète pour G et
là, je sais qu'elle a un cancer. J'ai des images de ma maladie qui se bousculent
dans ma tête et tout mon être dit non : pas ça pour ma petite fille ! Le
lendemain, G dit qu'il va falloir qu'elle prenne un rendez-vous chez le dentiste
( et moi je me dis : " Ma pauvre chérie, la semaine prochaine tu seras à
l'hôpital… ") Elle ne veut toujours pas consulter et le vendredi soir, je
demande au Seigneur de la convaincre Lui-même. Le samedi 7, en se levant, elle
me dit qu'elle va appeler le médecin. Elle a un poids sur le cœur depuis la
veille…Début d'après-midi, on nous envoie aux urgences pour passer un scanner.
Trois heures d'attente, on refait les examens qu'elle vient de passer dans notre
ville… On ne sait pas ce qu'elle a. Une infirmière
ramène les résultats sanguins et là, je me sens vraiment mal. Ce n'est pas bon
et ça ma rappelle furieusement quelque chose.Bien sûr, il faut l'hospitaliser,
il y a " inflammation ".Samedi soir, échographie. Dimanche, rien. Elle est très
fatiguée, elle a de la température. Lundi matin 11h : scanner. Je l'accompagne
dans la petite salle à côté et j'ai amené ma Bible. Je demande au Seigneur de me
dire quelque chose et j'ouvre : Malachie 3 v 20. " Mais pour vous qui
craignez Mon nom, se lèvera le soleil de justice, et la guérison sera sous ses
ailes. "Je me sens réconfortée. On attend les résultats pour midi, mais c'est
seulement à 17 h que le médecin vient nous parler. C'est un fibrome, c'est
courant et bénin. Il va en parler à son collègue chirurgien parce qu'il faut
évidemment l'enlever. Le mardi matin, c'est le chef de service qui nous dit
qu'il va demander si le chirurgien accepte de se charger du cas. S'il ne veut
pas prendre la responsabilité, nous serons transportées dans un plus grand
centre. Transfert en chirurgie, le Dr K accepte d'opérer. Quand il vient
ausculter G avec un collègue, sa moue est significative. Il me dit qu'il va
essayer d'enlever ça, tout au moins de faire des prélèvements…
Mercredi 11
septembre : l'opération est prévue pour ce matin. G est relativement calme grâce
à la prémédication, mais elle s'impatiente quand même. Elle part au bloc avec
deux heures de retard. Mon mari est venu passer la journée avec moi, sa présence
me réconforte. A 14 h, l'infirmière
rentre dans la chambre, elle a une mine épouvantable et nous dit que le
chirurgien veut nous voir tout de suite dans son bureau. J'ai un goût de sang
dans la bouche et cette sensation de creux au ventre. Seigneur, viens nous en
aide… Nous nous regardons et nous préparons à affronter l'orage. Dans le
couloir, notre poupée est là sur son chariot. Elle est réveillée et je
l'embrasse. Je suis tellement impuissante. Ma petite chérie, mon petit amour…
Nous nous dirigeons vers le bureau du chirurgien, nous nous tenons la main. J'ai
besoin du contact de J, mon mari. Il nous fait asseoir
et ne sait pas trop comment nous dire ça. Il a simplement prélevé à plusieurs
endroits, mais il n'a rien pu faire d'autre au risque de la mutiler. " C'est une
belle cochonnerie, c'est friable, nécrosé par endroits, ça saigne beaucoup. Je
n'ai même pas pu faire le tour avec mon doigt. C'est très mauvais. "Il fait
grise mine. J. demande s'il a une idée de son origine. Il pense à un
myo-sarcome(cancer du muscle)mais comme c'est attaché aussi à l'os, il ne sait
pas trop. Il faut attendre le résultat de l'analyse. Il est d'accord pour
transmettre son dossier à ma cancérologue.Il faut retourner dans la chambre.
Dans le couloir, tout le monde baisse la tête à notre passage. De nouveau, ce
monde parallèle. Ils ne vont pas nous fuir durant tout le séjour ! Je ne vais
pas le supporter, c'est déjà si dur. Elle est calme dans son lit, je m'assieds
tout près d'elle et je lui caresse la main. Je ne peux pas détacher mon regard
de son visage. J. est parti téléphoner à la famille, c'est au-dessus de mes
forces. Je n'ai pas d'énergie pour affronter les autres, je ne suis là que pour
ma fille. Je me sens complètement étourdie, j'ai des tremblements nerveux et je
dois me retenir pour ne pas claquer des dents. Elle ouvre les yeux : " Est-ce
qu'il a tout enlevé ? " C'est parti… - " Non, ma chérie.
Il n'a pas pu tout enlever, il a seulement fait des prélèvements
" - " Mais pourquoi ?
" - " Parce que la
tumeur était trop importante, il ne pouvait pas tout enlever
" J'ai utilisé le mot
tumeur à dessein mais je vois bien qu'elle n'a pas
réalisé. - " Ah bon ". Puis
elle se rendort. Mon mari rentre dans
la chambre. La famille est sous le choc, tout le monde nous embrasse. Seigneur,
donnes-nous la force. Quel est Ton plan ? Comment vais-je lui annoncer ça ?Les
heures passent, elle ne souffre pas trop. Nous devons aller prendre l'air
régulièrement, il n'est pas question de pleurer devant elle. Le personnel est
toujours aussi distant et nous faisons des sourires en appuyant notre bonjour
pour les obliger à nous regarder enfin. Je ne veux pas la laisser seule plus de
cinq minutes, elle peut avoir besoin de moi. Premier soir : J.
vient de partir. G. s'agite d'avantage, elle a besoin de morphine. Le Dynamap
lui prend la tension toutes les dix minutes. Elle a chaud, il faut lui changer
son alaise toutes les heures environ. Faire attention, ne pas la bouger plus
qu'il n'est nécessaire, la rafraîchir avec une bombe d'eau minérale et lui
parler doucement. Je ne dors pas de la nuit, la tension est basse et je
surveille. J'ai peur qu'elle m'appelle et que je ne l'entende pas, alors je suis
aux aguets.Le matin arrive enfin. Elle dort beaucoup. Il faut l'asseoir dans son
lit, c'est difficile.Elle a mal dans le dos et quand je regarde j'ai le vertige
: elle a une grosse bosse à l'endroit de la tumeur. Seigneur au secours ! C'est
énorme et ça me fait peur. Et surtout, c'est encore là en train de la
dévorer… La chaleur est
difficile à supporter. Il faut l'éponger très souvent, ses lèvres sont sèches et
je demande à mon mari de m'apporter de l'eau de toilette pour rafraîchir son
dos. Ne pas oublier de masser les talons avec de la crème pour éviter les
escarres. Ma maladie a au moins servi à ça : je sais comment la soulager et
prévenir les désagréments dus à l'immobilité dans un lit.C'est mon dos qui me
fait souffrir , je passe mon temps sur un petit tabouret penchée sur son lit
pour être le plus près possible de son visage, et la position est assez
inconfortable. Mon ventre est aussi très douloureux, les séquelles de ma propre
opération se font sentir. Aujourd'hui, les
infirmières osent me parler. C'est plus facile comme ça. G. ne pose pas de
questions et je ne veux pas provoquer si elle ne se sent pas prête. Cette
attente est difficile, je me sens nerveuse et j'appréhende sa réaction.Toutes
sortes d'idées passent dans ma tête. Je n'ai pas envie de penser au pire mais
satan se charge de me troubler. Je m'accroche au texte de
Malachie. Nous décidons mon
mari et moi que nous ne demanderons pas à quel stade est le cancer, nous ne
voulons pas ouvrir une porte à satan. Nous sentons tous les deux que le combat
va être suffisamment dur, nous ne voulons pas multiplier les possibilités de
doute. Nous prendrons les informations comme elles viennent mais nous ne serons
pas demandeurs. Vendredi : G. a
demandé à voir ses frères. Elle ne veut personne d'autre, la fatigue est trop
grande. Le chirurgien vient la voir et comme elle est éveillée, il lui dit qu'il
va téléphoner demain pour avoir un début de résultat. Sa curiosité a été piquée,
elle me pose enfin la question fatidique. - " Quel résultat ?
" - " Le résultat des
analyses de ta tumeur " - " Ma tumeur ?
" - " Oui ma chérie,
c'est une tumeur et les premiers résultats ne sont pas très bons…
" Silence. - " Je ne veux pas
de chimio ! " Elle éclate en
sanglots et il n'y a rien d'autre à faire que la prendre dans mes bras et la
bercer. Elle se calme rapidement. Elle est sonnée. Je contemple ses
cheveux…Je suis en train de faire un cauchemar et je vais me réveiller… Mon mari
arrive, et de nouvelles forces avec lui. Sa présence me fait beaucoup de bien.
Nous ne parlons pas beaucoup, les regards suffisent la plupart du temps.
Massages, rafraîchissements, re-massages, changements de draps, la journée
s'étire lentement. Ce soir, J. veut absolument que j'aille dormir à la maison (à
50 kms de l'hôpital). Ce n'est pas une demande, c'est un ordre, il veut que je
dorme un peu et lui restera avec G. C'est un déchirement, je sais qu'elle est
avec son père, mais j'ai beaucoup de mal à la quitter. Après de multiples
recommandations, je me décide à partir. A la maison, le petit est effondré. Il
croit que lui aussi a un cancer et il est vraiment traumatisé. Je lui propose de
prier tous les deux. Nous apportons nos fardeaux au pied de la croix, le seul
endroit où nous pouvons trouver la paix dans cette tourmente. M.E. pleure et
demande au Seigneur de l'aider à avoir la foi. Il pleure longuement dans mes
bras avant de se calmer. Mon cœur saigne, je suis déchirée entre mes enfants, je
voudrais être à l'hôpital et en même temps avec les garçons…A., le plus grand, a
mûri et supporte au mieux la situation. Sa foi a grandi en trois ans et je vois
qu'il est soutenu par une force intérieure. C'est rassurant de le voir réagir
comme ça. Il s'inquiète de notre santé à toutes les deux et me dit que tout va
bien pour lui. Seigneur, merci parce que Tu les gardes, merci parce que Tu fais
ton œuvre dans chacun de nos cœurs. Protèges-les pendant mon absence s'Il te
plait. Je demande à Dieu de
me donner une bonne nuit de repos pour pouvoir tenir le choc, et je dors comme
un bébé ! Je suis de retour à
l'hôpital. La nuit a été correcte. Il n'est que 8 heures, mais elle m'attendait
depuis un moment. Elle redevient la petite fille qui a besoin de sa maman à tout
instant. " Je suis là ma chérie , je ne te quitte plus "Après la toilette, elle
se rendort paisiblement. Mon mari me fait remarquer qu'elle souffre beaucoup
moins que moi. En effet, le péritoine n'a pas été ouvert et les suites
d'opération sont moins lourdes, c'est bien comme ça… J. me dit que le
Seigneur lui a donné une parole pour nous : Jésus dans la barque
avec ses disciples et la tempête qui se lève… " Un jour, Jésus va
se lever, et Il dira au vent : Tais-toi ! " Seigneur, c'est si
bon d'entendre tes promesses… Je suis dans la tempête et je sais que Tu es à
côté de moi, mais j'ai du mal à ne pas regarder les vagues si hautes. Je veux
dormir avec Toi dans la barque mais j'ai besoin de ton aide
! Quel réconfort pour
ce jour ! Notre âme a été pansée et le Seigneur a mis un
baume. " Le Seigneur est
fidèle, qui vous affermira et vous préservera du mal. " 2 Thess
3v3 " Je vous consolerai
comme une mère console son fils, et vous serez consolés " Es
66v13 Aujourd'hui , le
chirurgien doit nous donner les premiers résultats. " Il n'aura peur
d'aucun mauvais bruit ; son cœur est ferme, confiant en l''Eternel. "Ps 112
v7 Notre cœur est en
paix. L'agitation est seulement superficielle, comme des vaguelettes sur la mer,
mais au fond il y a une grande sérénité.La confirmation arrive. C'est un cancer
du muscle. G. prend la nouvelle avec calme. Nous arrivons même à plaisanter. Une
complicité s'installe, les deux " cancéreuses " ont des choses à se dire. Elle a
hâte de rentrer à la maison maintenant.Le chirurgien accepte de nous " lâcher "
au bout d'une semaine.Je remercie les infirmières pour leur gentillesse et leur
dit que nous reviendrons les voir quand G. sera guérie. Elles ont un sourire
crispée : leur pensée se lit sur leur visage. Elles se disent que je ne peux pas
réaliser que ma fille va mourir.Satan m'attend au bout du couloir : le
chirurgien est là et je le remercie lui aussi pour tout ce qu'il a fait pour
nous. Il me regarde en hochant la tête. " J'espère…j'espère
qu'ils trouveront un traitement et que ça marchera, mais…
" La flèche a été
décochée, je prend aussitôt le bouclier de la foi.Dieu est plus grand que tout,
Il a vaincu la maladie et aucun médecin ne me fera douter du
miracle. Quel délice ! La
maison a été lavée par ma belle-sœur et de nombreux cadeaux attendent G. La
famille a été très généreuse et même les plus petits ont fait de jolis dessins.
C'est si bon de se sentir entourés…Le meilleur endroit quand on rentre de
l'hôpital, c'est son lit ! Mamy a eu la gentillesse de faire une bonne purée
maison, ça change des plateaux repas peu appétissants de l'hôpital !Je suis
étourdie. Le manque de sommeil se fait sentir. Les nerfs se relâchent et une
sieste est la bienvenue. Il faut reprendre un
rythme de vie à peu près normal. Les devoirs du plus jeune, le quotidien et la
charge d'une grande malade. Il n'y a pas de place pour l'ennui ! Le moral est
relativement bon, mais les attaques de doute ne manquent pas.Seigneur, je sais
que Tu peux me la reprendre, et que je devrais dire comme Job, l'Eternel a
donné, l'Eternel a repris, que le nom de l'Eternel soit béni. Toi, Tu as donné
Ton fils unique, Tu n'étais pas obligé, mais Tu l'as donné pour nous sauver ! Je
mesure si petitement la souffrance qui a été Tienne…J'essaie de ne pas trop
penser à la visite chez la cancérologue, je veux profiter de ce court moment de
répit. Mon cœur chavire quand j'imagine ma fille traverser toutes les
souffrances que j'ai endurées.Mais ce jour arrive. Le trajet est un peu
difficile, nous avons deux heures de route et c'est pénible quand on vient
d'être opérée. Nous sommes dans le bureau : c'est un myosarcome, c'est très rare
et très agressif. Elle parle de chimiothérapie lourde, vomissements assurés,
perte des cheveux, puis une seconde opération suivie de radiothérapie. Elle
demande à G. si elle a des questions : G. ne peut plus parler, je sais ce
qu'elle éprouve, ce sentiment d'écrasement…Son père et moi posons les questions
à sa place. En sortant, elle s'effondre. Il faut que les larmes coulent. Le
retour est encore plus pénible que l'aller… Nous sommes
attendues dans une semaine . Un scanner est prévu à notre arrivée, suivi de la
première chimio. " L'Eternel le
soutiendra quand il sera sur un lit de langueur " Ps 41 v
4 Nous nous rappelons
que se lèvera le soleil de justice, et que la guérison sera sous ses ailes. Nous
nous rappelons aussi qu'Il se lèvera et qu'Il dira au vent : "Tais-toi ! "Avant
de partir, nous prions avec la famille. Nos cœurs sont réconfortés.La chimio se
fera sur trois jours, elle doit être hydratée en permanence le produit étant
très toxique pour la vessie. Quand nous arrivons, le brancardier nous attend
déjà pour passer une IRM. Ce n'était pas au programme et ça m'angoisse un peu .
Pourquoi doit-elle passer un examen supplémentaire ? Personne ne peut nous le
dire. Elle revient une
heure trente après, puis elle repart pour un scanner.L'attente dans une chambre
d'hôpital… elle revient enfin, et là commence un ballet ininterrompu
d'infirmières, d'assistante sociale, d'externe, d'interne, de nutritionniste… La
journée est éprouvante. En soirée, le docteur L. arrive enfin pour nous donner
les résultats du scanner. Bien entendu, la tumeur est toujours aussi énorme et
il faut commencer la chimio. L'IRM a été fait en plus parce que un monsieur
s'est désisté au dernier moment et ils ont pensé que ce ne serait pas plus mal
de le faire passer à G. Elle parle aussi de poser une chambre implantable, les
veines du bras étant très fines. Nous allons passer la première chimio comme ça
mais avant la deuxième, il faudra passer sur la table pour insérer un système
qui va directement dans le cœur et épargne les veines périphériques. G. n'en
peut plus, elle craque. Elle ne veut pas repasser au bloc, elle ne veut plus
voir personne dans sa chambre, c'est le gros craquage ! Le docteur L. lui fait
donner un sédatif et la nuit est bonne pour elle. Je ne peux pas fermer l'œil.
La chambre est très bruyante, tout se bouscule dans ma tête. L'infirmière passe
toutes les heures pour vérifier la perfusion, la nuit est longue…Le matin arrive
et mon mari aussi. Heureusement, il a pu se libérer pour être avec nous la
première fois. Il est passé à la perruquerie pour avoir un catalogue.Retour à la
case départ…Je dois lui demander de choisir quelque chose, elle est absente. Je
la conseille, je sais… J'essaie de ne pas trop penser à dans trois semaines,
quand les cheveux vont tomber… La chimio est
commencée. Je revis mon cauchemar, en pire. Ma petite fille… Le docteur L. nous
reçoit dans le petit salon à côté. Elle nous prévient que les six prochains mois
vont être très difficiles et qu'ils ne sont pas du tout sûrs du résultat. Si la
chimio répond, il faudra une intervention très lourde, qui demandera plusieurs
chirurgiens spécialisés. La tumeur est très mal placée, sur l'os de la hanche,
et près des artères du petit bassin, ce sera une prouesse technique… Les chances
sont minces et on nous le fait bien comprendre. Nous verrons cela
plus tard. Nous ne voulons pas nous laisser abattre par ces nouvelles. Seigneur,
Toi, Tu sais. Tout est entre Tes mains. Que Ta volonté soit faite.Je ne dois pas
penser , je dois m'occuper d'elle et la soulager au maximum. Les anti-nauséeux
la font dormir et c'est tant mieux. L'infirmière passe toutes les heures, nuit
et jour. C'est une source de fatigue assez difficile à imaginer.Fin du troisième
jour : on lui prescrit des gélules de morphine, la tumeur est censée lui faire
mal… mais elle ne sent rien ! Dernière injection d'anti-nauséeux pour le
voyage. A la maison, je
prévois une bassine près du lit et lui donne scrupuleusement tous ses
médicaments. Premier jour, pas de vomissements, deuxième jour, pas de
vomissements, troisième jour, etc… Nous avons demandé au Seigneur de " porter "
cette chimio et Il le fait de manière merveilleuse. Elle est fatiguée mais elle
n'a aucun des symptômes annoncés ! Je me rends compte que j'étais comme les
femmes se rendant au tombeau, je m'inquiétais, mais la pierre était déjà
roulée. Huit jours passent,
et je reçois un appel téléphonique de l'hôpital. Ils viennent de recevoir le
résultat de l'IRM et ont découvert une énorme thrombose au niveau du rein, il
faut appeler le médecin en urgence et la mettre sous anti-coagulant.Seigneur,
Toi Tu savais ! Si cet examen n'avait pas été pratiqué, on n'aurait pas
découvert ça et elle en mourait ! Dieu conduit tout dans le moindre détail et
c'est une grande source de joie à cet instant. Non seulement elle
n'a pas de vomissements, mais en plus elle mange normalement. Elle passe son
temps à me réclamer du saucisson sec, quoi de plus digeste en effet pendant une
chimio ? Les cheveux
tombent…pas d'un seul coup comme moi, mais c'est de plus en plus clairsemé et ça
se voit maintenant. G. ne veut pas aller comme ça à l'hôpital et laisser tout
sur l'oreiller. Elle veut que je rase tout avant de partir.Nous sommes dans la
salle de bain et il faut y aller…Ne pas pleurer, surtout pas devant elle.Ma
petite chérie ! J'agis dans un état second, G. ne regarde pas. Quel cauchemar !
Je la trouve jolie même comme ça, ses traits sont fins et la chute des cheveux
n'arrive pas à l'enlaidir. Je lui couds des petits foulards que nous nouons
derrière la nuque, ce sera moins chaud à l'hôpital. Deuxième chimio :
Nous avons droit à une demi-journée supplémentaire pour poser la chambre
implantable. Elle part au bloc et doit revenir dans maximum trois quarts
d'heure. Une heure et demie… Différends scenarii s'échafaudent dans ma tête,
tous plus macabres les uns que les autres. Encore ce goût de sang dans la bouche
et ce creux au ventre… " C'est dans le
calme et la confiance que sera votre force… " Es 30v15 J'impose à mon âme
le calme et le silence. Et G. arrive dans la chambre. Il n'y avait pas de
brancardier disponible. J'apprends encore : pourquoi ai-je douté ? Pourquoi
n'ai-je pas mis ma confiance en mon Père céleste alors que j'ai déjà vu tant de
fois son amour pour moi et les miens ? G. est contente,
elle n'a rien senti et la pose du cathéter est absolument indolore. La chimio
peut passer plus vite et la surveillance est plus souple : toutes les deux
heures nuit et jour, c'est un gros progrès. Nous gagnons même quelques heures
pour le départ. Pas de douleurs, pas de vomissements, ce n'est pas normal
d'après les médecins, mais ils ne connaissent pas le Médecin
céleste. Troisième chimio :
le produit est efficace et la tumeur régresse presque à vue d'œil. Le docteur L.
parle d'un scanner la prochaine fois et de la prochaine opération. Le professeur
M. veut bien s'en charger. Le moral de G tombe en flèche, les nouvelles sont "
bonnes " mais l'idée de repasser sur la table lui fait horreur. Je demande si
quelques chimios supplémentaires ne pourraient pas venir à bout de la tumeur :
impossible. Les journées sont
très longues, et les nuits aussi. La fatigue me submerge. G. dort la plupart du
temps grâce aux médicaments, je lis, je brode, je lis, je brode…Mon ventre et
mon dos me font terriblement souffrir. Les médecins s'inquiètent de ma santé
mais ça va aller…Les infirmières sont très gentilles avec moi. J'entends vomir
les personnes qui occupent les autres chambres…Des gémissements et même parfois
des cris retentissent dans les couloirs, et ma fille dort calmement dans son
lit. Elle ne voit pas passer la moitié du personnel. C'est le sujet de rigolade
dans le service : est-ce qu'on va voir les yeux de G. cette fois
? " Quoi qu'il en
soit, mon âme se repose sur Dieu ; ma délivrance vient de Lui.
"Ps62v2 Quatrième chimio :
Scanner . Pose du cathéter, et trois jours d'attente et de veille. La tumeur a
régressé au delà de toute espérance. L'opération peut avoir lieu. Il n'est plus
question de plusieurs spécialistes, de manière " étonnante " la tumeur a
régressé dans le bon sens et le travail du chirurgien sera
facilité. Seigneur, Tu fais
tout à merveille. Je Te loue, je T'adore… Visite chez le
chirurgien : on laisse passer les fêtes de fin d'année et on prévoit l'opération
pour le 6 janvier. Si le nerf crural est touché, il se peut qu'elle ne sente
plus jamais sa jambe. En sortant, je lui dis que le Seigneur s'occupe de ça, on
ne va pas s'en inquiéter. Retour à la maison.
Plus difficile. Crises d'angoisse pour G. Le médecin nous dit que la cortisone
peut provoquer ça et donne un traitement approprié. La perspective du début
d'année gâche cette période. Moi qui habituellement aime tant les préparatifs de
Noël, je suis complètement démotivée. Il faut pourtant ne pas gâcher ce moment
pour la famille.C'est le moment pour G. et moi, de faire une autre expérience :
vraiment tout abandonner à la croix. Déposer nos fardeaux, notre angoisse, notre
faiblesse et ne pas les reprendre sur notre dos. " Ma grâce te
suffit, car ma force s'accomplit dans la faiblesse " 2 Cor
12v9 Dans trois jours,
c'est le départ. Je craque. Nous sommes dans notre chambre et mon mari essaie de
me consoler. Je sais que Dieu tient tout entre ses mains, je sais qu'il a tout
préparé, je sais, je sais, mais je ne supporte pas l'idée de repasser par là.
Voir ma fille à nouveau souffrir, l'intervention va être plus lourde cette fois,
je ne peux pas supporter ça. Mon mari me dit
alors une parole de la part de Dieu : " Tu ne sais pas à
quel point je peux te porter " " Le chirurgien va
ouvrir et il va trouver la tumeur desséchée " Quelle bonté ! je
suis encore en train de me lamenter et Lui me rassure, Il m'encourage. Pas de
reproche, mais une parole de vie… L'amour de Dieu,
celui qui surpasse toute intelligence… Service de
chirurgie. Nous sommes en isolement parce que les globules blancs sont très bas,
masques et blouses sont de rigueur pour ne pas lui amener des microbes de
l'extérieur.Lundi 6 janvier : à 8 heures précises, comme promis, on vient
chercher G. pour l'emmener au bloc. J'ai le droit de l'accompagner jusqu'à la
porte. C'est un déchirement de la voir partir, je l'embrasse encore une fois et
il faut la laisser.J'attends J., mon mari, dans la chambre. Il a pris sa journée
pour ne pas me laisser seule pendant l'intervention. Quand il arrive, nous
allons en ville. Inutile de se morfondre pendant des heures ici. Elle ne doit
revenir que dans l'après-midi. Je ne vois pas les
vitrines devant moi, nous errons dans les galeries marchandes parce que le temps
est frais. Mon mari est très calme. Je le suis un peu moins… A 11 heures, je
téléphone à l'hôpital pour avoir des nouvelles. On me passe l'interne qui arrive
tout juste du bloc, l'intervention est déjà terminée et ils n'ont pas eu de
mauvaise surprise. Elle est en salle de réveil et le chirurgien passera dans la
soirée pour nous expliquer en détail. J. est serein. Dieu tenait le scalpel et
Il s'est occupé de notre fille beaucoup mieux que nous n'aurions pu le
faire. 16 heures : G.
revient dans la chambre. Elle est réveillée. La première chose qu'elle nous dit
c'est : "Je sens ma jambe "Je n'en doutais pas un instant, Dieu sait où se
trouve son nerf crural !Elle a une pompe à morphine et elle ne souffre pas trop.
Elle semble beaucoup mieux qu'à la première opération.En soirée, le chirurgien
affiche une mine réjouie. Il est sûr d'avoir tout enlevé :-" Je sais que je suis
passé en zone saine " Le plus gros
problème pour l'instant, c'est qu'il a été obligé de sectionner tout le muscle
au niveau du ventre, il a enlevé de l'os de la hanche, et elle ne doit faire
aucun effort par elle même. Si elle force, elle risque une éventration et on
recommence tout ! Pendant trois mois,
il faudra tout faire à sa place. Elle ne doit pas monter ni descendre un
escalier, elle ne doit pas faire sa toilette seule, elle ne doit pas soulever
quoi que ce soit, etc…C'est tellement secondaire…Elle se remet à une vitesse
folle. Elle ne souffre presque pas et elle n'utilise pratiquement pas la
morphine. Elle a faim et réclame un sandwich au saucisson sec
! " Tu ne sais pas à
quel point je peux te porter… " Cette parole
retentit sans arrêt à mes oreilles. Seigneur, Tu es si bon, reçois mes louanges
et mon adoration… le chirurgien et l'interne sont surpris de la voir si bien.
Elle lit, elle se lève bientôt et passe de longs moments dans le fauteuil.
Absolument rien à voir avec la première opération. Vendredi 10 : le
chirurgien lui demande comment elle se sent. Très bien. -" Quand aimerais-tu
rentrer chez toi G. ? " -" Le plus vite
possible " -" Demain si tu
veux, si tu me promets d'être prudente " Je n'en crois pas
mes oreilles ! Nous rentrons à la maison au bout de cinq jours ! Dieu porte tout
si nous le laissons faire, et Il répond à nos besoins au delà de toute
espérance. Samedi 11 : les
valises sont prêtes. Bonjour la maison ! Je suis si contente
de retrouver les garçons. Nous passons un week-end formidable tous les cinq.
Nous pensions être à l'hôpital et nous voilà déjà de retour. Mon cœur déborde de
reconnaissance, et les larmes sont faciles. G. se fait servir
comme une princesse ! Elle n'a droit à aucun effort et elle a des chevaliers
servants en la personne de ses frères. Il faut trouver des occupations au lit
pour les trois mois qui viennent. 26 janvier :
rendez-vous avec le chirurgien. Il contourne son bureau pour venir lui montrer
le résultat des analyses. Il est stupéfait. Regarde G., c'est écrit là, qu'il
n'y avait plus aucune cellule cancéreuse vivante dans ce que je t'ai
enlevé. " Le chirurgien va
ouvrir et la tumeur sera desséchée… " Seigneur, Tu es
grand et fidèle. Le chirurgien nous
explique qu'il a réussi à éviter la prothèse de peu et qu'il faut être très
prudents : aucun effort pendant encore deux mois et demi.Il reste deux chimios à
subir, et il va discuter du cas avec les cancérologues pour la
radiothérapie. Cinquième chimio :
la routine. Les infirmières sont contentes de voir que l'opération a réussi. La
fatigue est plus grande cette fois. Mais toujours pas les vomissements annoncés.
Sixième chimio : Le
moral est bon, c'est la dernière. Il nous tarde de rentrer à la maison. Le
docteur L. vient nous voir et nous annonce que les radiothérapeutes ne voient
pas l'utilité de faire les séances de radiothérapie prévues puisque les analyses
montrent qu'il n'y a plus rien. Les médecins ne comprennent pas, c'est inespéré
mais les faits sont là. " Votre tristesse
sera changée en joie " Jean 15v20 Comme promis, nous
sommes allées voir les infirmières qui l'avaient soignée à sa première
opération. Quelle surprise et quelle joie sur leurs visages
! Dieu nous a rendu
notre fille. Jeudi 15 mai : nous
pouvons aujourd'hui fêter les 22 ans de G. Mon cœur déborde et un chant de
louanges monte vers notre Père. S'Il n'avait veillé sur elle, elle ne serait pas
avec nous aujourd'hui. Loin de moi l'idée de me comparer à Job, mais comme lui,
je peux dire : " Mon oreille avait
entendu parler de Toi, mais maintenant mon œil T'a vu " Notre vie à tous les
cinq a été transformée. Dans la fournaise, il y avait un quatrième homme et les
liens sont tombés. Dans nos fournaises, il y avait aussi cet " Homme " et nos
liens sont tombés : les liens de la crainte, les liens du doute, les liens des
idées toutes faites, les liens de la religiosité…Dans la fournaise, les scories
sont brûlées et les choses essentielles demeurent.J'ai encore beaucoup de chemin
à parcourir pour atteindre le but, mais je cours… Chaque matin, je
sais qu'Il est là, tout près, et que rien de ce qui m'arrive ne le prend au
dépourvu. Il a tout préparé d'avance et Il fait tout à
merveille. G. a aujourd'hui
quelques centimètres de cheveux soyeux et c'est un grand sujet de joie. Elle est
resplendissante et nous le devons à notre Père. Sa vue est un rappel constant de
l'amour de Dieu envers nous. Nous sommes reconnaissants à nos proches et tous
nos frères et sœurs en Christ qui nous ont soutenus dans la prière. Les mots
sont trop petits pour décrire les sentiments qui nous habitent quand nous
pensons à cette période. " Et mon âme aura de
l'allégresse en l'Eternel… "Ps 35 v 9 " Que la gloire de
l'Eternel subsiste à jamais… je chanterai l'Eternel tant que je vivrai, je
psalmodierai en l'honneur de mon Dieu tant que j'existerai… je veux me réjouir
en l'Eternel… " Ps 104 Je ne sais de quoi sera fait demain, mais je sais une chose, c'est que je ne serai jamais seule. Je sais en qui j'ai crû, j'ai vu Sa main dans toutes mes voies. Je sais que Christ est ma vie, Christ est mon Sauveur, Christ est ma guérison, Christ est mon roi, Christ est mon tout. Que la gloire, l'honneur et la louange lui soient rendus au siècle des siècles. Amen. |
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