JESUS A NOS CÔTES DANS NOS "FOURNAISES" Partie 1

Par Joëlle.

 

 Fin septembre 1999 : Je suis épuisée depuis des semaines, le moindre effort me pèse, je culpabilise parce que je ne suis pas la femme et la mère " idéale " qui gère sa maison, les enfants, le travail…

Une première fois au culte, le Seigneur attire mon attention sur les épreuves, la vallée de Bacha… Je suis interpellée mais je ne sais pas ce que Dieu veut vraiment me dire. Le dimanche suivant, au travers du message encore, le Seigneur me fait comprendre dans mon intuition qu'Il veut me dire quelque chose. Je Lui demande de m'éclairer : Je sais alors, que je vais être un long temps hors de la communion fraternelle. Ce sera la maladie.

Quelques jours plus tard, je ressens de vives douleurs dans le ventre et j'aimerais faire l'autruche… Mon mari est en déplacement et je ne me sens pas le courage d'appeler le médecin. Je demande alors au Seigneur de me montrer si je dois vraiment prendre rendez-vous et là les douleurs deviennent très fortes. J'aurais aimé une autre réponse, mais je téléphone au médecin qui me prends en urgence. Là, sa grimace n'est pas rassurante. Il y a une opération dans l'air, il espère un fibrome, et il me prescrit des examens. Il faut attendre trois semaines pour passer cet examen, mais je peux faire une prise de sang et je me sens poussée à la faire rapidement. Je dis à mon mari, tu sais j'ai un cancer des ovaires.Bien sûr, il me répond que tant que nous n'avons pas les résultats, nous ne pouvons pas affirmer une chose pareille. Mais moi, je le sais dans mon cœur.

Quand je rentre du travail en fin d'après-midi, mon mari raccroche juste le combiné téléphonique : il se tourne vers moi et il est méconnaissable.Je n'ai jamais vu son visage ravagé comme ce soir. Nous avons rendez-vous le soir même, et tous les deux, chez le médecin. C'est bien ça… Comme ma mère, comme mon père, mes frères…

Je veux aller régler la note au laboratoire d'analyses et pendant que je traverse la petite place, une grande paix m'envahit : quelque chose " coule " sur ma tête. Ce n'est pas liquide bien sûr, mais ça descend de ma tête sur mes épaules et je suis apaisée, calme. La paix de Dieu qui surpasse toute intelligence…Au laboratoire, pour la première fois ( ce ne sera pas la dernière ), je me rends compte que je suis passée dans le monde parallèle des cancéreux. Plus personne ne veut me regarder et je dois attendre un certain temps avant qu'une dame trouve enfin le courage de m'adresser la parole.

Il faut maintenant rentrer à la maison et l'apprendre aux enfants…Ma fille aînée a dix-huit ans, son frère seize et le dernier a fêté ses neuf ans il y a quatre jours. J'avais à peu près son age quand j'ai appris pour ma mère. Je sais maintenant ce que Maman éprouvait quand elle nous regardait… Seigneur, s'Il te plait, je voudrais tant élever mes enfants et si Tu le veux bien, connaître mes petits enfants si Tu n'es pas revenu avant !

Tout se passe dans le calme, les grands accusent le coup sans trop montrer leurs sentiments et je ne prononce pas le mot cancer pour le petit, il faut lui dire la vérité mais à petites doses. J'éprouve le besoin de prier avec eux et nous répandons tous notre cœur devant Notre Père. Je me sens mieux .

Chez le médecin, nous voulons tout savoir et il me donne toutes les explications désirées, dessin à l'appui. - " Le cancer des ovaires, c'est la pire des cochonneries, quand on voit les symptômes, bien souvent il est trop tard… " Cette phrase ! satan va l'utiliser dans mes moments de faiblesse et de découragement, mais pour l'instant elle ne m'atteint pas.J'ai une force surnaturelle et je me regarde vivre : c'est cela, une sorte de dédoublement, je vis ce moment par procuration.Il faut maintenant l'apprendre au reste de la famille et préparer les valises.J'ai rendez-vous avec le chirurgien demain et il ne faut pas perdre de temps. Je sens maintenant cette masse qui bouge dans mon ventre et cette impression de se faire dévorer vivante est particulièrement désagréable.

Le chirurgien est d'avis de faire une célioscopie et de décider dans la foulée, suivant ce qu'il trouvera, d'enlever plus ou moins d'organes… Mon mari et moi ne sommes pas satisfaits, nous sentons qu'il faut tout enlever et nous insistons, mais c'est lui qui décide.

C'est difficile de laisser les miens et de partir…Seigneur, je ne veux pas gémir, je veux au contraire voir et comprendre tout ce que Tu veux me montrer par cette épreuve . Je veux aussi m'attacher à voir tout ce que Tu as préparé de bon pour moi chaque jour que durera cette épreuve.

En arrivant, il y a déjà un bouquet de fleurs qui m'attend dans la chambre. Merci ! La première attention du Seigneur …J'apprends aussi que j'ai la plus belle chambre du service, la plus ensoleillée, celle qui donne sur un espace vert avec un immense arbre où viennent se poser les oiseaux. Tout le personnel est très gentil avec moi, la soirée est quand même un peu difficile.

Avant de m'endormir, je demande au Seigneur de parler au chirurgien et de lui faire prendre la bonne décision. C'est le grand jour, l'opération doit durer environ deux heures. Le chirurgien passe me voir et me dit qu'il a réfléchi cette nuit, finalement il enlève tout, ce sera plus prudent… Merci encore Seigneur ! Je sais qu'Il conduit tout et je ne me fais aucun souci. On m'emmène au bloc, l'infirmière s'étonne de mon calme, mon cœur ne bat même pas plus vite que d'habitude. Dieu va guider la main du chirurgien, pourquoi s'inquiéter ?Quand je me réveille, j'entends qu'on m'a passé quatre culots de sang et je cherche à regarder l'heure… Il y a un problème avec leur horloge, il devrait être 14h30 et il est 17h30… Je souffre énormément malgré la morphine promise. Quand on me ramène dans ma chambre, mon mari est là et me sourit. Je suis très lucide et je me rends compte qu'il y a un problème : je ne devais pas avoir de sonde gastrique en revenant dans la chambre… On m'a fait quelque chose qui n'était pas prévu… Je lui pose tout de suite la question qui visiblement l'embarrasse, mais je lui rappelle qu'il ne peut pas me mentir, il doit me dire ce qu'on m'a fait.

L'opération a duré beaucoup plus longtemps que prévu parce que ce n'était pas joli à voir. On m'a enlevé l'utérus, les deux ovaires, le grand epiploon, un morceau d'intestin et tous les ganglions lymphatiques jusqu'au niveau du sternum.Pour l'instant, il faut attendre les résultats des analyses. D'accord, l'explication me satisfait, c'est logique que j'ai cette sonde et je peux m'endormir…

La nuit est très difficile, heureusement que mon mari est là.

Je ne peux plus réfléchir, la douleur me submerge, je ne le vois pas mais on m'a mis un bouton dans la main et j'ai compris que je peux appuyer pour avoir de la morphine si j'ai trop mal. Je passe ma nuit à appuyer…Le matin arrive enfin, on m'enlève la pompe à morphine pour la remplacer par une seringue en continu. J'ai envie de voir mes enfants…Toutes les infirmières sont vraiment très gentilles avec moi mais le manque d'intimité est aussi difficile à supporter.J'ai toujours mal, on augmente la dose. Un pigeon se pose sur l'arbre…Merci Seigneur pour cette belle chambre. J'attends l'arrivée de mon mari et de mes enfants.Le petit ose à peine m'approcher, maman, avec tous ces tuyaux et ce visage si blanc, moi non plus je ne savais pas si je pouvais la toucher, et j'ai envie de sa petite main dans la mienne.J'ai envie de leur dire à tous combien je les aime, je voudrais tellement les serrer encore contre moi.J'ai toujours mal, on augmente la dose. Ma Bible est à ma portée et je peux lire quelques lignes seulement mais c'est suffisant.J'ai toujours mal, on augmente la dose. Il faut 48 heures pour trouver le dosage qui convient et qui enfin me soulage. J'ai envie d'avoir de la visite mais le chirurgien l'interdit. Les plus proches ont le droit de faire une visite éclair. Heureusement, mon mari et mes enfants ont le droit de rester comme ils veulent.Ma fille m'apporte du linge frais en permanence et c'est si bon de sentir la maison…C'est si bon aussi de les avoir à mes côtés.

On m'envoie des fleurs et je suis suspendue aux lèvres de celui qui énumère les bonjours des uns et des autres. On parle de chimiothérapie…Je ne suis pas prête. Je n'ai jamais coupé mes cheveux et je ne veux pas les perdre.Je veux savoir comment ça se passe, mais j'ai beau demander à chaque personne qui rentre dans la chambre, impossible d'avoir des renseignements. Pas ça ! C'est au-dessus de mes forces. Je ne peux supporter cette idée…Seigneur viens à mon secours ! Mon mari essaie gentiment de me convaincre que je n'ai pas le choix, il a raison, mais c'est tellement dur !

Je suis très fatiguée, j'ai des nausées, et cette idée qui m'obsède…Mais je me dis que si Dieu permet cela, Il sera aussi avec moi.J'ai envie de rentrer chez moi, d'être dans ma chambre, de sentir " mes " draps et de me détendre dans mon environnement.J'ai l'impression qu'un train m'est passé dessus, je vomis et c'est encore plus douloureux,. Je crois que si je suis dans mon lit ce sera plus supportable. Le chirurgien se fait tirer l'oreille pour me laisser sortir… On verra après le résultat des analyses.Enfin , il les a reçus ! Bien sûr, l'utérus et les ovaires étaient cancéreux et nous savions pourquoi Dieu mettait sur notre cœur d'enlever le tout. Par contre, le reste n'était pas touché, mais on n'est jamais sûr : une cellule maligne peut se promener et tout contaminer, la chimiothérapie est indispensable.

Je veux retourner chez moi, je veux penser un peu à autre chose, je veux toucher mes enfants et être avec mon mari…Mon mari a le droit de me ramener, il a eu de multiples recommandations.Pas de visite, pas le droit de bouger de mon lit.Il n'y a pas de danger que je désobéisse : je suis incapable de faire quoi que ce soit !Quand mon mari me porte dans mon lit, la chambre est délicieusement chauffée, et ma fille a déposé un cadeau avec un décor automnal. Mon lit ressemble à un sous-bois avec des feuilles, des châtaignes… Je m'effondre en larmes.

Toi aussi, Maman, tu t'es effondrée quand tu es revenue de l'hôpital et que je t'avais cueilli un immense bouquet de fleurs des champs…C'est si bon d'être à la maison !Les soirées sont difficiles, les douleurs augmentent jusqu'à devenir insupportables.Je passe mes nuits à essayer de me concentrer sur le mouvement de mes jambes pour penser à autre chose qu'à la douleur. Je ne peux pas m'allonger confortablement, quand je suis à plat mon estomac tombe comme une pierre sur mes intestins et c'est intolérable. Je suis constamment sur deux oreillers et sur le dos qui me fait énormément souffrir. Mes mouvements réveillent mon mari qui est toujours disponible pour me masser et prier pour moi.Merci mon Dieu de m'avoir donné un si gentil mari… Il veut que je le réveille quand j'ai trop mal, mais il a besoin de sommeil pour tenir le choc à son travail et j'essaie d'être discrète.J'ai des nausées et je ne peux pas manger grand chose. Le système digestif a été touché et la machine a du mal à se remettre en route.Je pense beaucoup à Maman et à Job aussi, et je me dis que j'ai moins à supporter que lui. La pensée de la mort me traverse souvent et je pense aux miens. Je n'ai pas envie que mes enfants perdent eux aussi leur mère si jeunes et je crie à Dieu.

Le Seigneur me donne ces textes : " je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres de l'Eternel " Ps 118 v 17 " Votre tristesse sera changée en joie " Jean 15 v 20 " L'Eternel, qui est celui qui marche devant toi, sera lui-même avec toi ; il ne te laissera point, ni ne t'abandonnera point : ne crains donc point, et ne sois point effrayé " Deut 31 v 8 Arrive le jour que je redoute…La première chimiothérapie. Le choc est très grand parce qu'on m'avait dit que j'aurais un traitement qui ne fait pas perdre les cheveux et là, nous sommes dans le bureau de la cancérologue, et elle me dit qu'ils se sont réunis à plusieurs médecins et qu'ils ont décidé de me donner un autre traitement. Celui-ci fait tomber les cheveux… Elle est en train de me dire que je vais perdre mes cheveux, comme ça., Pour elle ce sont des mots alignés les uns aux autres qu'elle doit répéter à longueur de journée. Il ne faut pas que je pleure devant elle. Je ne dois pas regarder mon mari, je vais m'effondrer.

Je ne comprends pas ce qu'elle me dit, elle est derrière son bureau et ses lèvres bougent mais je ne comprends rien.

On m'emmène dans ma chambre et une infirmière vient me " brancher ".J'ai besoin de regarder mon mari, de puiser dans son regard un peu de force. Je ne veux pas pleurer devant les infirmières. Les heures s'écoulent et j'ai du mal à détacher mon regard de cette bouteille : c'est ce produit qui m'enlève mes cheveux… Visite d'une assistante sociale, catalogue de perruques…Je suis en train de rêver, je vais me réveiller, Seigneur vient m'aider je coule…Malgré tout, aujourd'hui aussi je veux voir la chose bonne que le Seigneur a préparée pour moi et je sais que c'est cette cancérologue. Une femme très douce, avec qui je me sens en confiance. Elle n'a pas le beau rôle, mais elle a de la compassion et j'en ai tellement besoin. Merci

Le retour est difficile, je me sens " bizarre " et la fatigue est grande.Il faut aussi annoncer aux enfants que je vais perdre mes cheveux et je ne sais pas comment faire ça.Ils ne disent rien.J'ai rendez-vous à la perruquerie. Je me traîne dans le magasin et j'ai très peur de vomir sur le bureau de la jeune femme qui nous accueille. Nous avons repéré une perruque et nous demandons ce modèle. Problème : c'est un catalogue de l'année précédente et elle ne sait pas s'ils le font toujours. On va d'abord prendre la teinte de mes cheveux et téléphoner à Paris au dépôt central.Seigneur, s'Il te plait !Le modèle ne se fait plus, mais elle veut bien vérifier dans la réserve…Les minutes passent. Il reste une perruque de ce modèle et la seule couleur disponible… c'est la mienne !Un immense sentiment de gratitude me submerge. Dieu est bon, et Il nous respecte dans les moindres détails.Seigneur, Tu avais gardé " ma " perruque…Je ne sais comment t'exprimer ma reconnaissance !

Je suis dans mon lit. J'ai des nausées, des douleurs musculaires très vives,( des centaines de coups de couteau qu'on me planterais dans tout le corps) des douleurs articulaires, (chaque articulation est hypersensible, chaque phalange, les coudes, les genoux, les chevilles…) Un des produits qu'on m'a injecté est très toxique, à base d'if, et c'est lui qui me fait tant souffrir.J'ai des démangeaisons et mon mari me masse avec du talc pour me soulager.Puis chaque cheveu devient douloureux, chaque racine pique. Je craque, je fais la plus belle crise de larmes de ma vie. Ce soir, je pleure pendant deux heures sur l'épaule de mon mari. Impossible de m'arrêter, les vannes se sont ouvertes d'un coup et il faut attendre que les larmes se tarissent.J'ai un mari formidable, il dit quelques paroles encourageantes mais il sait aussi se taire et attendre. Il me berce et j'ai seulement besoin de ça Je suis tellement fatiguée que je ne peux plus ouvrir mes paupières. Je suis lucide, je commande à mes yeux de s'ouvrir, mais ils ne répondent pas. Mon corps se résume à quelques dizaines de kilos de douleur et de faiblesse.Je ne supporte pas les odeurs de nourriture ou de savon ( ma chambre est près de la salle de bain…) et je me nourris exclusivement de pomme de terre vapeur.L'eau a mauvais goût, le thé est infect. J'ai constamment un mauvais goût dans la bouche et je dois me forcer pour boire sinon il faudra m'hospitaliser pour m'hydrater.

Le dixième jour, je me réveille avec une sensation étrange : je ne réalise pas tout de suite, je n'ai pas de nausées. J'ai envie de manger une tranche de roastbeef. Mon mari s'empresse de m'en acheter . Ce n'est pas une tranche que je mange, mais trois. C'est un délice ! Je ne peux pas me lever, mais je me sens mieux. Il reste quand même les douleurs consécutives à l'opération. Un mois et demi sans pouvoir me mettre sur le côté, sans sommeil véritable : je dors environ de minuit à deux heures du matin après la prise de mon calmant, et ensuite je compte les heures.C'est là le moment favori de satan : les ténèbres, la solitude, la douleur…C'est là qu'il nous rappelle les petites phrases qui nous terrassent, les paroles malheureuses des uns et des autres, les regards des médecins, leurs phrases lapidaires…

Le cancer des ovaires, c'est la pire des cochonneries, quand on le voit il est trop tard… j'ai un goût de sang dans la bouche, le goût de la peur. Seigneur, viens à mon secours, j'ai besoin de toute Ta grâce, j'ai besoin que Tu me donnes Ta paix parce que satan veut me la ravir…Les premiers rayons du soleil sont une délivrance. La maisonnée va se réveiller, et je vais les voir, les entendre, c'est tellement bon.

Il faut retourner pour la deuxième chimio." Quand tu passeras par les eaux, je serai avec toi, et quand tu passeras par les fleuves, ils ne te noieront point ; quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras point brûlé, et la flamme ne t'embrasera point " Es 43 v 2Merci Seigneur parce que Tu as dit que Tu es avec moi et je le crois.

Je connais maintenant le programme du retour : vendredi, nausées, samedi douleurs articulaires et musculaires, dimanche, démangeaisons, lundi, boutons (ça, c'est nouveau !) et gingivites.Bien sûr, quand un désagrément arrive, il ne fait pas partir les autres.Au bout de quelques jours, on a la panoplie complète.

Mais cette fois, le dimanche matin, je n'ose plus utiliser ma brosse.Si je touche un cheveu, il va tomber. Je suis devant ma glace et je ne peux pas bouger, je suis complètement tétanisée. Pourtant il faut que je fasse mon shampooing, et là c'est la catastrophe : tous les cheveux s'emmêlent, se détachent, forment une masse impossible à démêler. Je ne peux que mettre un petit bonnet de velours et attendre. Attendre quoi . L'après-midi, j'ose enfin me regarder dans le miroir…on dirait Maman, c'est vrai ce qu'on me dit, je lui ressemble, mais moi je le vois seulement quand je porte le masque de la maladie… il faut que je trouve le courage de me montrer à mon mari, c'est très difficile. Il frappe justement à la porte et il est si délicat. C'est un soulagement de ne plus être seule à porter ce fardeau. C'est lui qui va brosser et faire tomber les derniers cheveux et je lui en suis reconnaissante. Je vais me réveiller, ce n'est pas possible, je vais me réveiller !

C'est fini. Il faut que je trouve le courage de me montrer aux enfants avec la perruque. J'ai besoin de tous les encouragements de mon mari et de longues minutes, enfermée dans la salle de bain, avant de sortir. J'ai du mal à les regarder dans les yeux. Mon fils aîné, d'ordinaire peu expansif me dit : "tu es belle Maman ",Le petit me dit que je suis encore plus belle qu'avant ! Ma fille par contre ne peut pas sortir une parole. Cette prothèse est difficile à supporter, mon mari m'a pourtant gâtée, il m'a achetée une des plus chères et ce qui se fait de mieux sur le marché, mais je me sens horrible. Quand je me regarde dans le miroir, c'est une autre personne qui se trouve devant moi. Je ne peux pas me reconnaître dans cette nouvelle image et le regard des autres est difficile à soutenir.

Les désagréments de la chimio durent un peu plus longtemps. Les médecins disent maintenant qu'il faut me changer les idées et qu'il faut de la visite.Maintenant ils veulent que j'aie des visites ! Quand j'en voulais, je n'avais pas le droit, mais maintenant je ne veux plus voir personne. Je ne veux pas qu'on me voit comme ça avec cette touffe sur la tête !

" C'est dans le calme et la confiance que sera votre force " Es 30 v 15

Dieu veut nous faire reposer dans de verts pâturages et nous conduit auprès des eaux paisibles, mais il faut que nous nous abandonnions à Lui. Une partie de moi s'abandonne et l'autre ne voit que cette perruque. Je suis obnubilée par la perte de mes cheveux et je ne veux ni sortir, ni recevoir de la visite.

La troisième chimio est terrible. Je suis très malade. Le produit s'accumule dans mon organisme et c'est de plus en plus difficile. Le petit passe pratiquement tout son temps libre au pied de mon lit . Ce n'est pas un endroit idéal mais quand je lui dis qu'il peut aller jouer, il ne veut pas bouger et me réponds qu'il est là si j'ai besoin d'aide. Il passe ainsi tous ses mercredi dans ma chambre.Le soir est le moment de la journée que je préfère : tout le monde rentre et vient passer la soirée avec moi. Ma chambre s'est transformée en salon , salle à manger, salle de repassage et j'en passe. Je leur suis reconnaissante de faire le plus de choses possible avec moi. Quelquefois, je suis tellement épuisée que j'aurais bien envie d'être seule une petite heure, mais je ne veux surtout pas les mettre à la porte.Ils me racontent tous les petits évènements de l'extérieur, ils me donnent une bouffée d'oxygène.

Plus rien n'a d'importance plus grande que ma famille. Comment ai-je pu m'énerver pour une tasse ou un bibelot cassés ?

Il faut montrer et dire aux autres que nous les aimons pendant que le temps nous est donné. Seigneur, je Te remercie de me montrer tout cela , je Te remercie de changer mon échelle de valeurs…Un après-midi, je suis submergée par l'angoisse. La flèche de l'adversaire a été tirée et je n'ai pas saisi le bouclier de la foi pour la repousser. Je pense à ma mère et je me dis qu'elle est bien morte, alors pourquoi pas moi ? J'ai tellement mal au ventre, le cancer a dû aller ailleurs …Et Dieu, dans son immense amour, choisit ce moment pour faire téléphoner ma belle-sœur. Je lui dis mon angoisse et elle a les paroles de réconfort dont j'ai besoin.Dieu est grand et nous bénit malgré nos faiblesses et nos doutes…

" Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos " Mat 11 v 28

" Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux " Ap 21 v 4

Je vois la quatrième chimio arriver avec horreur. Je n'ai plus envie d'entendre que j'ai déjà fait la moitié et qu'il n'y en a plus pour très longtemps. Je vois, moi, que j'ai encore autant à faire !La veille du départ, je trouve le courage d'inviter une vieille chrétienne à venir me voir. Elle prie avec moi et me fait un bien immense. Je pars avec un peu plus de courage. Mes veines me font beaucoup souffrir et il faut plusieurs tentatives avant de poser le cathéter. Seigneur, s'Il te plait, j'aimerais que ce soit l'infirmier Patrick qui me pique, il sait mieux trouver ma veine que les autres.Je suis dans ma chambre et on frappe à ma porte. C'est Patrick qui vient me poser la perfusion ! Mettez-Moi à l'épreuve…Nous ne pouvons trop demander à Dieu, Il est toujours prêt à ouvrir pour nous les écluses des cieux.

Retour à la maison et je connais le programme.

Cinquième chimio. Sixième chimio. La fatigue est si grande… Je me sens vidée, vieille, je pleure pour un rien. J'aperçois quand même une petite lueur au bout du tunnel, c'est la dernière en principe. Dans la journée, je passe la plupart de mon temps recroquevillée dans mon lit, essayant de faire le vide dans ma tête, pour ne pas penser à la douleur et aux nausées. Je me " réveille " le soir quand mon petit monde arrive. Je vis dans mon cocon et je n'envisage pas vraiment un retour à une vie normale, ça me paraît irréel. La fin arrive, les douleurs s'estompent, les nausées aussi et je me sens totalement désemparée. Je ne revois le médecin que dans un mois et je sens comme un grand vide. Depuis six mois, ma vie est sur un rail, les rendez-vous sont réguliers, chimio, prises de sang, et puis plus rien. Je rentre dans la période " observation ".Le doute vient encore s'insinuer mais là je crie tout de suite à Dieu. J'ai envie de jouer du piano et je m'y traîne péniblement. Je feuillette la musique et je suis attirée par un petit chœur que je ne connais pas. Je joue les notes et mon regard se pose sur les paroles… " Dieu te cherche pour te guérir, Dieu te cherche, veux-tu venir ? "Les larmes ruissellent. Oui Seigneur je viens…Il faut de longs mois pour récupérer et me remettre à une vie normale. C'est un exploit quand je repasse une chemise de mon mari, quand je prépare un repas.Je reste onze mois sans pratiquement sortir de chez moi.Quand enfin je trouve le courage d'aller en ville avec mon mari, le regard des autres m'agresse. Je sais que je ne dois pas persister dans cette manière de vivre, mais c'est très difficile de sortir de ma coquille. Pourtant , j'ai maintenant des cheveux tous neufs. Le Seigneur ne m'a pas rendu des cheveux ternes ou moches, Il m'a donné des boucles blondes. Il a changé mes larmes en joie, Il m'a donné de nouvelles forces et une vision nouvelle de ce que doit être ma vie, Il a éclairé d'un jour nouveau Sa parole pour moi et je veux lui rendre grâces éternellement.

 

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