A QUOI RECONNAIT-ON UN HOMME BRISE ?

Par Aymeric BIMONT

 

Toutes les Ecritures, de la Genèse à l’Apocalypse, sont une succession d’exemples et de leçons, qui montrent que seul un homme brisé devant Dieu peut Le servir efficacement et être agréé de Lui. Le modèle par excellence est Jésus-Christ. Si nous voulons obtenir la faveur de Dieu, devenir des serviteurs aguerris et remplis d’onction, nous devons en passer par là : être brisés, pour que le verset Galates 2.20 devienne une réalité en nous.

Galates 2.20 : « Je suis crucifié avec Christ, et ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ, qui vit en moi ; ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. »

C’est un message de sanctification, de mort à soi-même, de brisement, peu importe le nom qu’on lui donne, il recouvre les mêmes réalités spirituelles. L’apôtre Paul résume cela par l’expression : « la marche par l’esprit ».

Cette dimension de la vie chrétienne, je crois, est plus largement enseignée aujourd’hui que pendant longtemps dans l’histoire de l’Eglise. Des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour enseigner cela et montrer le chemin aux brebis les moins éclairées. Seulement parfois, à force d’en parler à tort et à travers, et d’observer des vies qui sont des contre-témoignages flagrants de la parole annoncée, on ne sait plus très bien ce qu’est un homme vraiment brisé. Je voudrais ici partager quelques clés tirées de mes conclusions personnelles. Elles ne prétendent pas être exhaustives…

Avant cela, je voudrais souligner deux points : un petit témoignage personnel et une définition rapide du terme « brisé », afin qu’il n’y ait pas d’incompréhension sur ce qu’il signifie.

Ce n’est pas parce qu’on parle de vivre en vainqueur et qu’on connaît intellectuellement sur le bout des doigts le sujet, versets à l’appui, qu’on le vit. Il y a une différence entre la connaissance intellectuelle et la connaissance du cœur. Lorsque j’ai commencé à prêcher et à écrire des messages pour l’Eglise, j’étais imprégné de ce message de sanctification, de marche par l’esprit, de l’importance de vivre en vainqueur, etc… Je pouvais l’expliquer par un argumentaire très précis, presque mathématique. Seulement mon message résonnait de façon métallique, vous savez pourquoi ? Parce que je ne le vivais pas.

Je maîtrisais intellectuellement mon sujet, je savais en parler, mais je n’avais pas l’expérience nécessaire derrière, ni le cœur brisé qui témoigne d’un vrai vécu. Je me regardais écrire, je m’écoutais parler, j’aimais les phrases pompeuses et bien tournées et manquais particulièrement d’humilité. J’avais reçu des révélations du Seigneur et fait des expériences marquantes, qui n’étaient alors que les prémices d’une vie consacrée à l’école de Dieu, celle du désert et de la souffrance. Exalté par ces choses, et tout aussi bien disposé que j’étais ( comme Simon Pierre l’était ), je considérais plus ou moins consciemment être détenteur de la grande vérité, qui me plaçait de ce fait en situation de supériorité sur le reste de l’Eglise… Quelle prétention !

Les gens qui s’enferment dans la tour d’ivoire d’une connaissance intellectuelle acquise, et ne la vivent pas vraiment, deviennent parmi les plus dangereux, les plus tyranniques et les plus intransigeants qui soient… si bien disposés fussent-ils au départ. La miséricorde et la patience sont deux choses qui les quittent très rapidement.

Je rends grâces au Seigneur de m’avoir humilié, éprouvé et éduqué, pour que la connaissance intellectuelle disparaisse et laisse place à une connaissance du cœur, par le vécu. Aujourd’hui je n’ai pas la prétention de dire : « je le vis pleinement, c’est accompli dans ma vie ! ». Je crois que si quelqu’un affirme une telle chose, il se trompe. J’ai appris au contraire que plus on est brisé entre les mains du Seigneur, plus on devient conscient de sa misère et de son besoin immense de Jésus. On pourrait penser que les tout nouveaux chrétiens ont plus à se repentir que les anciens plein d’expérience. Or ce sont les chrétiens aguerris et malléables entre les mains du Seigneur, qui se repentent le plus et sont le plus prompts à le faire. Pourquoi ? Parce que leur conscience est aiguisée, sensible, et qu’ils ont plus de discernement.

Je me contente donc de dire comme Paul : « Ce n’est pas que j’aie atteint le but, mais je cours ». Avant, j’étais « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours », selon l’expression bien connue ! Aujourd’hui je remercie le Seigneur de me faire voir l’ours… la mort à soi-même et la marche par l’esprit sont un processus continu, qui doit se parfaire chaque jour qui passe. Ce n’est pas un acquis d’un jour précis, gravé dans le marbre et planté là en terre comme un monolithe inébranlable. Chaque jour nous avons besoin de Jésus, chaque jour nous avons besoin de laisser son Saint-Esprit nous discipliner, chaque jour nous devons apprendre et obéir davantage.

Ma deuxième précision, brièvement : être brisé ne signifie pas être tué, mis à mal, maltraité verbalement, moralement, psychiquement ou physiquement… Je connais certains hommes qui voudraient ainsi « sanctifier les autres » par des méthodes et des sermons totalement démoniaques et pleins de condamnation scandaleuse. C’est le Seigneur qui nous brise, par la discipline du Saint-Esprit, comme Jésus rompit le pain. Il s’agit de nous rendre malléable, et Dieu utilise à cette fin les circonstances de la vie. Il ne nous détruit pas, ne nous tue pas, Il nous discipline et nous apprend à faire mourir les œuvres de la chair afin que celles de l’Esprit les remplacent. C’est certes douloureux pour le moi, la nature charnelle, puisqu’elle doit mourir à la croix…

Voyons maintenant ces clés dont j’ai parlé.

1)      Un homme brisé a cessé de fuir

Voyez-vous, la fuite est un comportement commun à tous les hommes depuis le commencement ! Plus précisément depuis la chute dans le jardin d’Eden.

Genèse 3.8 : « Alors ils entendirent la voix de l’Eternel Dieu qui parcourait le jardin avec la brise du soir. L’homme et sa femme allèrent se cacher devant l’Eternel Dieu, parmi les arbres du jardin. L’Eternel Dieu appela l’homme et lui dit : Où es-tu ? Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu ; je me suis donc caché. »

Lorsqu’un homme est en situation de péché, de rébellion, il se retrouve avec le statut d’ennemi de Dieu. Devant la présence de son Créateur, il n’a que deux solutions : le repentir ou la fuite. C’est un comportement typique du pécheur, de l’homme rebelle : fuir Dieu. Il fuit car il ne veut pas être dévoilé à la lumière de Dieu, à cause de sa misère et de sa nudité spirituelle. Lorsqu’un chrétien est charnel, et qu’il n’est pas soumis à la discipline du Saint-Esprit, on retrouve chez lui ce même comportement : il fuit Dieu. Il le fuit dans la désobéissance, dans son quotidien.

Notre nature déchue nous pousse à la fuite, et nous serons toute notre vie en fuite jusqu’à ce que nous soyons brisés par le Seigneur. C’est la seule issue de secours. Un homme brisé devant Dieu est un homme qui a cessé de fuir.

Cependant il faut préciser quelque chose d’important, et nous allons le faire avec les exemples de Jonas et de Jacob. Voyons d’abord Jonas.

Jonas 1.1 : « La parole de l’Eternel fut adressée à Jonas »

Jonas 1.3 : « Alors Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Eternel. »

Dieu s’adresse à Jonas. Le rebelle obéit à sa nature charnelle : il fuit. Vous savez pourquoi la nature charnelle fuit systématiquement Dieu ? Parce qu’elle sait qu’elle doit mourir ! Et ça elle ne le veut pas. Dans cette première phase de l’histoire de Jonas donc, nous avons un homme non brisé qui fuit.

Jonas 3.1 : « La parole de l’Eternel fut adressée à Jonas une seconde fois »

Jonas 3.3 : « Alors Jonas se leva ; il alla à Ninive, selon la parole de l’Eternel. »

La deuxième phase décrite par ces versets intervient après que Dieu ait levé contre Jonas une tempête, afin de l’arrêter dans sa fuite et de le faire réfléchir. C’est automatique et inéluctable : lorsque vous vous rebellez contre Dieu, vous l’obligez à lever contre vous des tempêtes, par les circonstances de votre vie. Des tempêtes qui ont pour mission de vous ramener – pour votre bien – dans le chemin de l’obéissance.

Dans cette deuxième phase donc, nous avons un homme qui semble brisé, car il obéit à Dieu, et les évènements qu’il vient de traverser sont une terrible épreuve, des moments et des tourments dont on ne voudrait pas : de quoi briser un homme c’est sûr !

Jonas 4.1 : « Cela fut très mal pris par Jonas qui se fâcha. »

Jonas 4.3 : « Maintenant, Eternel, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie. »

Troisième phase : après avoir obéi – bien obligé n’est-ce pas ? -, Jonas regarde Dieu faire grâce à Ninive et se fâche, prétextant qu’il savait très bien que la miséricorde divine s’exercerait, et qu’après tout il n’avait pas besoin de se déplacer pour cela…

Ce passage nous montre clairement une chose : ce n’est pas parce qu’on a arrêté de fuir qu’on est brisé. Jonas a obéi contre son gré. Il était à sa place physiquement mais son cœur n’y était pas.

Un homme brisé a cessé de fuir et rentre dans l’obéissance. Mais ce n’est pas parce qu’on a cessé de fuir qu’on est forcément brisé. Ce passage montre qu’il s’agit de la fuite du cœur. Cesser de fuir, c’est cesser avec le cœur.

Ce n’est pas non plus parce que l’on a vécu des choses douloureuses, de grandes épreuves, que cela nous a brisés de cœur devant Dieu. Certaines personnes aiment mettre en avant les épreuves qu’elles ont traversé, un peu comme on brandirait des médailles, des titres de gloire et des trophées de guerre… faut-il se glorifier d’avoir dû être comme Jonas à rester trois jours dans le ventre du grand poisson, ou glorifier le Seigneur de nous avoir fait grâce… ?

Maintenant voyons l’exemple de Jacob :

Genèse 31.21 : « Il prit la fuite, avec tout ce qui lui appartenait ».

Jacob est comme Adam, comme Jonas : sa situation de rebelle l’a amené à fuir. Il a d’abord fui la colère de son frère Esaü après lui avoir volé le droit d’aînesse, et maintenant il fuit son oncle Laban. Avant d’être brisé, la vie de Jacob se résume à la fuite.

Un jour, comme à Adam et Jonas, Dieu s’adresse à Jacob. Il veut le bénir et lui fait une belle promesse, mais Il lui demande pour cela de retourner dans le pays d’où il vient… c’est-à-dire de mourir, car Jacob sait qu’il y trouvera Esaü, lequel veut le tuer. Jacob, comme Adam et Jonas, prend peur, car il sait que l’obéissance risque de l’entraîner à la mort. Pour Adam et Jonas c’était la mort aussi : la mort de leur nature charnelle.

La réaction de Jacob est intéressante : il est mieux disposé que Jonas. Il va, malgré sa peur, obéir au Seigneur, mais avec un cœur rempli de crainte, de raisonnements et de stratégie personnelle. Cependant il cesse de fuir.

Dieu a amené Jacob dans une situation telle qu’il arrête de fuir. Son cœur n’est pas encore brisé, mais il cesse sa fuite. C’est la première étape…

Genèse 32.10-12 : « Jacob dit : Dieu de mon père Abraham, Dieu de mon père Isaac, Eternel, qui m’as dit : Retourne dans ton pays et dans ta patrie, et je te ferai du bien ! Je suis trop petit pour toute la bienveillance et pour toute la fidélité que tu as témoignée à l’égard de ton serviteur ; car j’ai passé ce Jourdain avec mon bâton et maintenant je forme deux camps. Délivre-moi, je te prie, de la main de mon frère, de la main d’Esaü ! Car je crains qu’il ne vienne, et qu’il ne me frappe, ainsi que la mère et les enfants. »

Jacob a non seulement cessé sa fuite physique, qui n’est que secondaire, mais surtout sa fuite de cœur ! Il est disposé à obéir à la voix de Dieu. Seulement toutes les objections et les craintes de sa nature font surface, il les exprime en mettant en avant son incapacité à marcher en vainqueur.

C’est une étape importante ! Notre cœur doit prendre conscience de sa totale incapacité ! Nous devons réaliser notre misère, notre impuissance et la reconnaître. L’homme qui s’appuie sur sa force est un homme non brisé. Les hommes qui accomplissent de grandes choses pour Dieu et avec Dieu sont forts, oui, mais forts parce qu’ils s’appuient sur Dieu, pas sur leurs propres forces. Jacob est l’exemple type de cette leçon.

Donc, Jacob est mûr pour être brisé par le Seigneur. Son cœur est disposé comme il faut pour être rendu malléable. Le divin potier n’a plus qu’à briser son vase d’argile…

Genèse 32.25-29 : « Jacob resta seul. Alors un homme se battit avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, il le frappa à l’articulation de la hanche ; et l’articulation de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il se battait avec lui. L’homme dit : Laisse-moi partir, car l’aurore se lève. Jacob répondit : Je ne te laisserai point partir sans que tu me bénisses. L’homme lui dit : Quel est ton nom ? Il répondit : Jacob. L’homme reprit : Jacob ne sera plus le nom qu’on te donnera, mais Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. »

Cette petite phrase très courte, très concise, très parfaite du verset 25 me plaît beaucoup. Jacob resta seul. Tout est dit. Lorsqu’un homme cesse de fuir Dieu, qu’il se trouve au sein même de la tempête et que son cœur est rendu disposé à recevoir la discipline du Saint-Esprit, il arrive à ce stade essentiel : il reste seul.

Il arrive un moment où vous êtes seul dans la tempête. Bien qu’entourés de plusieurs personnes, vous serez malgré tout seul. Seul à vivre l’intensité des choses, seul dans votre souffrance, seul face à la leçon de Dieu qui arrive dans votre vie. Seul, impuissant, tellement seul que vous êtes enfin prêt à rencontrer Dieu. Avant, vous étiez trop occupé avec vos affaires, la famille, les amis… pas de temps ni de place pour Dieu. Pas de disponibilité pour rencontrer Dieu.

Seulement Dieu a donné rendez-vous à l’homme qu’Il veut briser : Il le débarrasse de tout… plus de biens, plus de famille, plus d’amis… rien ! Jacob est dépourvu de tout, il est seul, prêt cette fois à rencontrer son Dieu. Une telle situation dans votre vie est idéale pour faire une vraie rencontre avec le Seigneur.

Jacob se bat avec l’ange de l’Eternel. Longtemps, je me suis posé la question : mais pourquoi donc Jacob s’est-il battu avec lui ? Ce passage est mystérieux dans son déroulement, à bien y réfléchir ! Jacob rencontre tout à coup un inconnu, et sans plus de formalités, se met à se battre toute la nuit avec cet homme !

Je comprenais la signification spirituelle et la symbolique de ce passage, mais je restais très intrigué par le fait que Jacob se soit battu contre l’ange de Dieu. Puis j’ai compris une chose : Jacob s’est battu contre Dieu parce qu’il ne pouvait pas faire autre chose !

Vous et moi sommes comme lui : nous nous battons contre Dieu parce que c’est dans notre nature de le faire ! Nous ne pouvons pas y échapper, cela ne dépend pas de notre volonté, c’est dans notre nature. A cause de notre nature déchue, nous résistons et nous luttons avec Dieu. Il n’a pas d’autre choix que de nous briser, pour que cette nature charnelle meure et que l’esprit prenne la place. Que nous le voulions ou non, lorsque nous suivons le chemin de la sanctification et de la mort à nous-mêmes, nous sommes sans cesse confrontés à des situations dans lesquelles nous luttons avec Dieu, à cause de notre moi charnel, et au travers desquelles Dieu cherche à nous briser.

L’articulation de la hanche est la plus résistante, la plus forte du corps humain. Elle symbolise le point le plus fort de notre résistance et de notre volonté. Lorsque ce point le plus fort cède, tout notre être cède. C’est le point de rupture où nous sommes brisés devant Dieu. Ainsi Jacob est-il frappé à cet endroit, et rendu boiteux. Il sera désormais obligé de marcher en appui sur un bâton, le bâton de Dieu qui symbolise Jésus-Christ !

Ce n’est plus par sa force qu’il marche, mais par la force du bâton, c’est-à-dire Jésus-Christ.

C’est intéressant de noter que ce combat a duré la nuit, et toute la nuit. Lorsque nous sommes dans une situation de lutte avec Dieu, les ténèbres spirituelles sont autour de nous, souvent accompagnées d’ailleurs des ténèbres humaines et matérielles. C’est un temps sombre, de difficultés et de lutte intérieure. Ce n’est que lorsque nous cédons avec le cœur, que le jour se fait enfin voir… Tant que nous lutterons, la nuit durera. Elle prendra fin quand notre fuite prendra elle-même fin. Tant que notre lutte intérieure durera, ce sera la nuit.

Pour terminer ce premier point sur la fuite, je voudrais m’appuyer sur cet exemple de Jacob pour préciser quelque chose : un homme brisé ne veut pas dire « homme parfait ». Jacob sort de cette expérience brisé, brisé de cœur, brisé d’esprit et la suite de sa vie le démontre. Cela n’a pas fait de lui un homme qui n’ait plus jamais eu besoin de se laisser discipliner et briser à nouveau par le Seigneur, ni un homme qui ne péchait plus ! Il persista d’ailleurs dans le péché qu’avaient déjà commis ses parents, en faisant de la préférence parmi ses enfants. Au contraire, cette expérience était la marque de ce qui devait reposer chaque jour ensuite sur sa vie. Comme je le disais, ce n’est pas gravé dans le marbre… il faut chaque jour se soumettre à Dieu, et la rébellion nous guette toujours, elle « rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » ( 1 Pierre 5.8 ).

2)      Un homme brisé apprend la miséricorde et la douceur

Voilà bien un signe très clair prouvant qu’un homme est passé à l’école de Dieu. L’exercice de la charité ( au sens biblique, c’est-à-dire : amour, l’exercice de l’amour, de la miséricorde ). Un des pires dangers qui guettent le serviteur de Dieu, et par conséquent les âmes qui lui sont confiées, c’est qu’il devienne un tyran, despotique et sans aucune douceur ni compassion ni attention pour les brebis.

Honnêtement : si le Seigneur ne m’avait pas fait passer par le creuset de l’épreuve, s’Il ne m’avait pas discipliné et enseigné par la souffrance et l’humiliation, je serais devenu un épouvantable tyran. Au début de mon ministère, j’étais intransigeant, étroit, et prompt à juger. Savez-vous quel exemple biblique je vais utiliser pour expliquer ce deuxième point concernant la miséricorde et la douceur ?

L’apôtre Pierre.

Pour moi c’est le type même de cette leçon. J’ai une affection particulière pour Simon Pierre, parce que son exemple me parle beaucoup, je lui ressemble. Il y a d’ailleurs une différence entre Simon et Pierre : Simon, c’est l’homme charnel, non brisé. Pierre, c’est l’homme brisé, apôtre du Seigneur Jésus-Christ, berger des âmes par excellence.

Et pourtant, pendant les trois ans et demi de sa formation passés auprès du Christ, qui eut cru au fait que Simon Pierre devienne un berger pour des brebis ?

Pierre l’emporté, le fougueux ! Prompt à s’enthousiasmer à tort et à travers, rapide à la colère, rapide en paroles malheureuses et en déclarations non assumées…

Cet apôtre, je l’aime parce que c’est un homme qui est véritablement animé d’un grand amour pour le Seigneur  Jésus. Il est zélé, plein de bonne volonté et d’une entière sincérité envers Dieu. Il est entier, il n’y  a pas de demi-mesure : il aime le Seigneur, il veut le servir. Mais Pierre a besoin d’être brisé parce qu’il compte non pas sur la force de Dieu mais sur la sienne, et qu’il est trop rapide à sortir son épée pour trancher les oreilles…

C’est un homme plein de foi, le seul à sortir de la barque en pleine tempête pour rejoindre le Seigneur en marchant sur l’eau. Le seul ! C’est un meneur, un homme en fer de lance, toujours au front… mais qui ne fait pas preuve de beaucoup de miséricorde car il n’est pas brisé.

Lisons deux passages :

Marc 14.29 : « Pierre lui dit : Même si tous les autres t’abandonnent, moi je ne t’abandonnerai pas ».

Cette phrase est souvent utilisée pour accuser Pierre de fanfaronnade et d’orgueil. Oui, c’est vrai. Cependant je trouve que ce n’est pas l’aspect principal de cette déclaration. Je suis persuadé que l’apôtre était totalement sincère à ce moment-là, et qu’il pensait et croyait réellement ce qu’il disait ! Son cœur tout entier y était, et sa sincérité ne fait aucun doute. C’est bien entendu une marque d’orgueil de sa part. Mais surtout, lorsqu’on compare cette déclaration avec tout le reste de sa vie au service du Seigneur, on remarque une chose évidente : la différence dans l’exercice de l’amour et de la miséricorde. Dans cette déclaration, Pierre démontre clairement son manque de miséricorde pour ses frères autour de lui. Il sous-entend qu’il est meilleur qu’eux, et le fait publiquement en leur présence ! Voilà le point sur lequel cet homme doit être brisé par le Seigneur.

Jean 18.10 : « Simon Pierre qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du souverain sacrificateur et lui trancha l’oreille droite. »

L’épée symbolise la parole. L’épée de Dieu, c’est sa Parole. Ici nous voyons Pierre utiliser son épée, pour trancher l’oreille d’un homme !

Nous-mêmes nous pouvons couper des oreilles par notre langue et nos paroles. Encore une fois je confesse que le Seigneur m’a fait grâce, car j’étais comme notre frère Pierre, fougueux et prompt à trancher des oreilles par ma langue acérée et sans discernement. Un homme brisé est rendu craintif de faire du mal à une brebis du Seigneur. Il surveille sa langue.

Lorsqu’il rencontre un Tobiya ( voir livre de Néhémie ), un Saül ou une Jézabel, sa langue est forte et sans compromis, par la puissance du Saint-Esprit, et elle sait remettre les choses à leur place avec fermeté quand il faut, face à de tels esprits. L’un n’empêche pas l’autre. Mais lorsqu’il s’agit de traiter une âme, une brebis, même celle qu’il aurait le plus de mal à supporter, l’homme brisé a appris du Seigneur à être patient, miséricordieux, doux. Craignant de lui faire du mal…

L’homme brisé a pris conscience de sa propre misère, du fait qu’il est pire que ce frère ou cette sœur qu’il a tant de mal à supporter… c’est pourquoi il use désormais de douceur et de compréhension, car Dieu le lui a bien appris, à la force de l’humiliation. Il devient alors un véritable berger, apte à faire paître les brebis du Seigneur. Simon l’intransigeant devient Pierre le grand évangéliste, apôtre de Jésus-Christ, cessant de couper les oreilles et s’occupant plutôt de guérir les malades…

N’avez-vous jamais fait attention dans votre lecture biblique des actes des apôtres, au fait que la plupart des guérisons rapportées soient faites par les mains de l’apôtre Pierre… ?

La tempête de Pierre, a été son reniement juste avant la crucifixion du Christ. C’est là que le Seigneur l’a placé dans la solitude, comme Jacob, dans le désarroi, comme Jonas. Et l’instant où le Seigneur l’a brisé, c’est celui-ci :

Jean 21.15-17 : « Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne le font ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. ( remarquez dans la question ce sur quoi j’insistais tout à l’heure… la miséricorde pour les frères. Jésus met en avant l’amour, pas autre chose ). Jésus lui dit : Prends soin de mes agneaux ! Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Sois le berger de mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Prends soin de mes brebis. »

3)      Un homme brisé cesse de jouer à l’homme spirituel plein d’intelligence

Moins on est spirituel, plus on a tendance à jouer un personnage. C’est surtout vrai des religieux. Il n’y a souvent pas pire hypocrite qu’un religieux, lorsqu’il n’est pas soumis à Dieu. C’est une tentation courante de paraître spirituel, paraître instruit, paraître un bon prédicateur, paraître rempli de sagesse, d’intelligence… On se donne des grands airs, on utilise des formules et des phrases ampoulées, qui impressionnent.

Quand j’entends un prédicateur utiliser un langage exagérément châtié et d’un français impeccable, alors que dans la vie courante il use d’un langage tout autrement plus banal voire grossier, j’ai tendance à faire la grimace… parce que cela me rappelle mes propres travers de débutant. Moi aussi j’ai joué un personnage.

Comprenez-moi bien : il faut parler avec un langage sobre et correct, c’est entendu ! Je parle ici du comportement orgueilleux et hypocrite qui consiste à s’habiller d’un manteau religieux avant de rentrer dans une église, et de s’écouter parler… Cela devient alors un concours de conférenciers.

L’Eglise est remplie de gens qui s’habillent d’un manteau religieux à l’apparence bien sanctifiée et spirituelle avant d’entrer dans l’assemblée, et qui pèchent allègrement sitôt de retour chez eux. Je n’ai pas échappé à la règle…

Les places d’honneur intéressent les gens non brisés. Les places en vue, la gloire d’une quelconque fonction ou d’un quelconque don spirituel. Untel se verrait bien faire ceci, unetelle cela… Ce n’est pas nous qui choisissons Dieu, mais c’est Lui qui nous a choisis.

Jean 15.16 : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi, je vous ai choisis et je vous ai établis ».

J’ai souvent entendu le témoignage de serviteurs de Dieu marchant par l’esprit, qu’à leurs débuts, ils ont lutté contre Dieu en leur cœur, car ils n’ambitionnaient pas de rentrer dans l’appel auquel ils étaient destinés. Lorsque le Seigneur m’a appelé, j’ai répondu « présent » sans hésiter, mais je me voyais bien affublé du ministère de docteur, à enseigner des points doctrinaux. Ma chair affectionnait cette position. Ce n’était pas le désir de Dieu, qui voulait faire de moi un évangéliste. Il y eut donc une lutte en moi jusqu’à ce que je sois brisé. Ensuite, quand j’ai commencé le ministère, j’étais encore encombré d’un lourd manteau religieux. J’avais de bonnes capacités intellectuelles et un don naturel à l’éloquence, au discours, choses qui étaient un piège pour moi et sur lesquelles je m’appuyais. Je ressemblais alors un peu à David, encombré par les armes trop grandes et trop lourdes de Saül, avant d’aller combattre Goliath. Ah ! Pour être bien discouru, c’était bien discouru ! Je sortis un jour satisfait du message que je venais de donner à une assemblée, avant d’apprendre que tout l’auditoire âgé de moins de 16 ans n’avait strictement rien compris à mes propos… Embêtant pour un évangéliste non ?

Que l’on soit prédicateur ou « simple témoin » de Jésus-Christ, notre parole doit être comprise du plus grand nombre, par une expression simple, sobre et claire. Les plus jeunes enfants doivent comprendre ce que nous disons, et c’est une leçon qui restera gravée dans mon cœur. Je me surprends de plus en plus, le temps passant, à écrire comme je parle, avec parfois des expressions que jamais je n’aurais employées auparavant, « parce que ça ne se fait pas dans un écrit spirituel, ça n’est pas digne d’un bon serviteur de Dieu, c’est un langage trop trivial, etc… ». Soyons clairs : lorsque Dieu met sur le cœur d’un de ses serviteurs d’écrire un message, ce n’est pas dans le but de gagner le prix Goncourt vous comprenez ? Je ne suis pas là non plus pour remporter le prix d’éloquence ou un quelconque prix littéraire. C’est manquer le but. Le message doit être simple, facilement compréhensible, et toucher directement sans fioritures le cœur des gens. Je fuis les discours pompeux et les paroles se voulant intellectuellement élitistes… cela ne ressemble pas au Seigneur que je connais.

Lorsque Dieu brise le cœur d’un homme, Il le débarrasse de toutes ces choses et le rend faible et inapte sur le plan humain. Le naturel meurt et le spirituel prend force et puissance.

La Bible nous enseigne cela à travers la vie de Moïse :

Actes 7.20-22 : « A cette époque, naquit Moïse, qui était beau devant Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père ; et quand il fut abandonné, la fille du Pharaon le recueillit et l’éleva comme son fils. Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres. »

Moïse était un puissant prince d’Egypte, élevé dans la famille du Pharaon ! Instruit, intelligent, éduqué, plein de pouvoirs et de force, ayant des droits et des capacités humaines presque sans limites. Il était éloquent, puissant en paroles.

Mais après avoir passé quarante ans à l’école du désert, à être brisé par Dieu, il devient tout autre chose :

Exode 4.10 : « Ah ! Seigneur, moi je ne suis pas un homme qui ait la parole facile, et ce n’est ni d’hier, ni même d’avant-hier, ni même depuis que tu parles à ton serviteur ; car moi j’ai la bouche et la langue pesantes. »

Oui, il s’agit bien là du Moïse autrefois prince d’Egypte, puissant en paroles et en œuvres. Aujourd’hui c’est un berger sans ambitions, brisé. Non pas parfait. Il discutaille avec Dieu jusqu’à Le mettre en colère, et démontre une foi bien branlante. Mais brisé.

Ce n’est plus le grand personnage, ce n’est plus l’homme fort, ce ne sont plus les apparats et les apparences, l’éloquence, l’intelligence, le savoir, les révélations, les grands dons, etc…

Moïse est maintenant brisé, c’est un homme débarrassé de ces choses, qui va maintenant se contenter de faire ce que Dieu lui dit. Et de cette position d’humilité et de faiblesse va découler une des œuvres les plus puissantes et les plus glorieuses qui aient jamais été observées sur cette terre !

Jonas, Jacob et Moïse ont traversé la tempête. Ils ont été débarrassés de leurs encombrements terrestres, et sont restés seuls, pour rencontrer Dieu. Le Seigneur accomplit de tous temps la même œuvre pour chacun d’entre nous, le but étant de nous rendre semblables à Christ-Jésus. Mais l’exemple de Jonas nous montre que l’accomplissement de cette œuvre dépend de notre acceptation personnelle.

4)      Un homme brisé sait Qui le monde attend : pas lui mais Jésus

Romains 8.22 : « Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. »

Après quoi la création soupire-t-elle donc tant ? C’est après Quelqu’un : Jésus-Christ le Rédempteur. Jésus dit donc à ses disciples :

Marc 16.15 : « Puis il leur dit : Allez dans le monde entier et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. »

Même les athées et les incrédules, dans toutes leurs tentatives désespérées d’atteindre le bonheur et dans leur recherche effrénée de satisfaire leurs besoins, témoignent jour après jour qu’ils soupirent eux aussi après Jésus. Ils soupirent après la vie éternelle, après la rédemption et le salut. Le Sauveur nous a ordonné d’aller témoigner de Lui à toute la création. Pas de nous-mêmes.

Les chrétiens non brisés que le Seigneur appelle un jour à son service, doivent apprendre un beau jour, comme moi, que : Oh ! Stupeur et désolation… le monde n’attendait pas Aymeric BIMONT… ( sourire ) !

Voyez-vous, qui que nous soyons, cette leçon doit être vécue et retenue, sinon nous ne sommes bons à rien. C’est l’erreur fréquente de la jeunesse fougueuse : Dieu nous appelle, Il se révèle à nous, on reçoit de grandes révélations et l’on se sent investi d’une grande responsabilité de niveau mondial. Nous sommes prêts à réformer l’Eglise, à remettre les choses à l’ordre, à enseigner des foules assoiffées de notre enseignement et avides de boire à grands traits les grandes révélations dont nous sommes détenteurs ! Le monde n’attend que nous ! L’Eglise va nous accueillir en sauveur et grand ministre de Dieu !

Je fais de l’humour n’est-ce pas… tant que cela, vous croyez ? Comprenons-nous bien : nous pouvons très bien être appelés à de grandes choses. Moïse ne l’était-il pas ? Si. Joseph ne l’était-il pas ? Si.

Pourtant ces deux géants de la foi ont passé par cette leçon primordiale.

Moïse, prince d’Egypte, s’est senti investi d’une grande mission de libération du peuple d’Israël. Cette mission était réelle, elle était de Dieu ! Mais Moïse se précipita et tua un égyptien. Après cela, des Israélites le critiquèrent et le repoussèrent. Moïse reçut alors la révélation que le peuple d’Israël ne l’attendait pas ! Israël attendait certes un libérateur, mais il n’attendait pas Moïse. Le Libérateur c’est Jésus-Christ. Dieu se sert des hommes pour accomplir son œuvre, mais le Libérateur sera toujours Jésus-Christ, et Il sera toujours le centre de notre message.

Moïse a si bien compris cette leçon, a si bien été brisé par quarante ans de solitude dans le désert, que lorsque Dieu l’envoie libérer Israël, il discutaille avec Lui en affirmant plusieurs fois que ses frères ne reconnaîtront pas son ministère. En quelque sorte il ne sera pas reconnu, dirait-on aujourd’hui, comme serviteur de Dieu par les églises. Moïse a bien compris que Celui que l’Eglise attend, c’est Jésus. Et que Dieu n’élèvera personne d’autre que son Fils Jésus-Christ. Si tu es appelé à un ministère quelconque, petit ou grand, Dieu t’y élèvera. Mais seulement lorsque toi-même tu auras abandonné tout orgueil et que tu élèveras Jésus-Christ au lieu de chercher ta propre gloire. Si tu mets en avant le ministère auquel Dieu t’a appelé et les visions que tu as reçues, pour te faire reconnaître en tant que grand prophète ou autre, c’est que tu n’as pas compris cette leçon.

Joseph est un exemple parfait pour cela :

Genèse 37.6-10 : « Il leur dit : Ecoutez donc ce rêve que j’ai fait ! Nous nous trouvions au milieu des champs à lier des gerbes ; et voilà que ma gerbe se dressa et se tint debout, et que vos gerbes l’entourèrent et se prosternèrent devant elle. Ses frères lui dirent : Est-ce que tu prétends régner sur nous ? A moins que tu ne prétendes être notre maître ? Et ils le haïrent encore davantage, à cause de ses rêves et à cause de ses paroles. Il fit encore un autre rêve qu’il raconta à ses frères. Il dit : Voilà que j’ai encore fait un rêve ! Le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Il le raconta à son père et à ses frères. Son père le gronda et lui dit : Que signifie ce rêve que tu as fait ? Prétends-tu que nous viendrons, ta mère, tes frères et moi, nous prosterner en terre devant toi ? »

Joseph est réellement appelé à de grandes choses par son Dieu. Il deviendra premier ministre d’Egypte, second personnage du royaume le plus puissant de la terre après le Pharaon. Il fera beaucoup pour la prospérité de l’Egypte et celle d’Israël. Mais Joseph doit d’abord apprendre à faire preuve d’humilité. Dieu permet qu’il rencontre de l’opposition afin de l’éduquer. Joseph doit d’abord être maltraité, vendu comme esclave, mis en prison, avant d’être élevé. C’est un homme brisé et détaché de l’orgueil lié à son appel et ses visions, qui devient peu à peu grand parmi les grands.

Quelle que soit la place à laquelle vous êtes appelé, sachez que seul Jésus-Christ doit être l’objet de votre intérêt et de votre message. C’est Lui que vous devez élever. Sachez que personne ne vous attend, vous. C’est Jésus que les âmes attendent et espèrent. Votre rôle c’est de Le leur apporter nous sommes d’accord ? L’Eglise n’est pas une société commerciale ni une entreprise : on ne fait pas son propre marketing, sa campagne de publicité pour vendre tel ou tel « cadre » de l’entreprise. Dieu donne des places de choix à certains, selon sa Volonté. Mais ces personnes sont des personnes de choix : des personnes brisées, qui ont compris cette leçon, et qui ont beaucoup été humiliées avant d’être un tant soit peu élevées. Dans le cas contraire ils seraient dangereux pour les âmes. Dieu a institué un Corps pour son Fils, un Corps constitué de nombreux membres : les chrétiens du monde entier. Croyez-vous que ce Corps vous ait attendu pour fonctionner ? Quand bien même Dieu vous réserve un grand ministère, vous devez être brisés et  prendre plaisir à fonctionner de manière corporative, en harmonie et dans l’humilité avec tous les frères et sœurs, sans cherche à être vu davantage que qui que ce soit.

5)      Morija

Abraham n’a pas volé son titre de père de la foi !

Ce géant biblique est appelé le père de la foi, ce n’est pas rien ! Et je trouve que ce n’est pas non plus pour rien qu’il a été appelé ainsi…

Savez-vous pourquoi ? Je vais vous le dire après avoir lu quelques versets…

Genèse 12.1-4 : « L’Eternel dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand. Deviens donc une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te maudira. Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Abram partit, comme l’Eternel le lui avait dit, et Loth partit avec lui. »

Il faut se replacer dans le contexte. Nous sommes un certain temps après que le déluge ait exterminé la race humaine, à l’exception de Noé et ses fils ainsi que leurs femmes. Les fils de Noé ont engendré des fils, qui ont formé des nations, lesquelles ont été disséminées sur toute la surface de la terre. Abram est un descendant de Sem, fils de Noé. Il naît et grandit dans une famille idolâtre, vouant des cultes à des idoles. Prenons conscience qu’Abram ne connaît pas Dieu, qu’il n’a à sa disposition aucun écrit, aucune Torah, aucune loi juive ni bien sûr la connaissance du Christ Jésus. Le peuple d’Israël et toute la loi de Moïse est apparue bien plus tard, puisqu’ils descendent eux-mêmes d’Abram !

C’est donc une chose complètement extraordinaire qu’Abram, homme entièrement ignorant de ce que peut bien être son Créateur, obéisse sans même discuter, du jour au lendemain, à un Dieu inconnu qui lui ordonne de partir… et partir où ? Il ne le sait même pas ! Honnêtement, il faut une sérieuse dose de foi pour faire une telle chose. Je crois que je resterai toute ma vie admiratif de cette foi là. Cela m’impressionne, vraiment !

Si vous voulez mon avis, il a fallu à Abram une foi bien plus grande pour cet acte précis, qu’à nous aujourd’hui lorsqu’il s’agit d’accomplir un miracle, une guérison.

Pourquoi est-ce que je parle de cela, est-ce donc en rapport avec le brisement ? Oui justement. Ce qui m’impressionne d’autant, c’est qu’Abram ait fait preuve d’une telle foi, et d’une telle obéissance, sans avoir eu auparavant une quelconque expérience avec Dieu ni avoir cheminé spirituellement, de manière à être brisé… Cela donne d’autant plus de valeur à tous ses actes, et c’est bien ce qui mérite de la considération et du respect.

Abram devenu Abraham, est selon moi une figure christique comme on en trouve peu dans les Ecritures. C’est cet homme qui va vivre l’expérience de Morija. Selon moi, c’est l’expérience ultime du brisement. Morija est l’agonie ultime, le moment précis où l’on meurt à soi-même, c’est un cri déchirant, une souffrance absolue, et une obéissance sans plus aucune limite… un renoncement total, un abandon définitif et sans restrictions… Abraham et Job sont deux exemples forts de cette expérience, figures prophétiques du Morija Céleste : la crucifixion de Jésus pour le salut de l’Humanité. Selon moi c’est l’expérience la plus haute du brisement, car c’est l’épreuve que Dieu Lui-même s’est infligé.

Abraham n’a pas de descendant, car sa femme Saraï est stérile. Déjà bien âgé, sa descendance est compromise. Or Dieu lui fait une promesse accompagnée d’une bénédiction extraordinaire :

Genèse 17.19 : « Mais Dieu dit : Certainement, ta femme Sara va te donner un fils ; et tu l’appelleras Isaac. J’établirai mon alliance comme une alliance perpétuelle avec lui et sa descendance après lui. »

Dieu dit encore que de son sein vont naître de grandes nations et une multitude innombrable, et qu’un peuple saint va sortir de sa descendance, et être béni de l’Eternel. Cette bénédiction doit se faire, selon la parole divine, par la descendance de ce fils de la promesse Isaac.

Or, alors qu’Isaac est encore un jeune enfant, voici ce qu’ordonne Dieu à Abraham :

Genèse 22.2 : « Dieu dit : Prends donc ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t-en dans le pays de Moriya et là, offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. »

Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais Abraham obéit sans discuter ! Moi, je le respecte ce monsieur… A de nombreuses reprises, on voit des prophètes et différents serviteurs de Dieu marchander avec le Seigneur, demander signe sur signe, toison sur toison, demander plusieurs fois s’Il est bien sûr de sa volonté, etc… et à aucun d’entre eux pourtant, Dieu n’a demandé de sacrifier ce qu’ils avaient de plus cher. Or, Abraham qui n’avait pas d’éducation religieuse, de connaissance prophétique ou autre, a lui un cœur totalement soumis, disposé à obéir quoiqu’il en coûte.

D’abord, c’est son fils. Sacrifieriez-vous un fils ?

Deuxièmement, c’est son unique enfant. Toujours partant ?

Troisièmement, c’est un don de Dieu venu miraculeusement. Mais que fait Dieu ?

Quatrièmement, c’est le fils de la promesse, par qui est sensé venir une multitude de nations. Vous ne trouveriez pas matière à discutailler avec le Seigneur vous ?

Abraham est un exemple majeur pour moi, car c’est un homme dont on peut pas dire qu’il ait auparavant vécu une expérience particulière destinée à le briser et le rendre malléable entre les mains de Dieu. C’est pourtant ce même homme qui va être prêt à accomplir le sacrifice le plus ultime, le plus coûteux, le plus cher, uniquement parce que Dieu le veut.

Le mont Morija sur lequel se passe le sacrifice, dont on sait qu’il a finalement terminé par la mise à mort d’un bélier et non d’Isaac, car c’était une mise à l’épreuve ; ce mont Morija est celui sur lequel le Temple de Jérusalem a été construit bien plus tard ! Avec Dieu pas de hasard. Et c’est à un endroit très proche de là, que de nombreux siècles plus tard, Dieu Lui-même accomplit – et cette fois jusqu’au bout – le sacrifice de son Fils, son Unique, Celui qu’Il aime, Jésus.

Dieu a mis à l’épreuve Abraham sur cet endroit de Morija, mais l’a stoppé et l’a béni. Mais Dieu est venu en Personne avec son Fils sur ce même endroit, pour accomplir le Morija éternel, le sacrifice perpétuel et parfait… Morija c’est la rencontre absolue entre Dieu et l’homme. C’est l’endroit où Jésus meurt, l’endroit où tout est accompli. Le point ultime de renoncement à tout, à ses ambitions, à son amour propre, à ce qui nous est cher, à notre vision des choses, nos espérances, notre carrière, notre orgueil, tout… tout y reste. C’est la mort absolue du moi, et la résurrection. C’est l’endroit où l’homme vient mourir et où Christ prend sa place.

Un homme est brisé lorsqu’il arrive à ce point de Morija. J’aimerais dire qu’il n’est bien sûr pas nécessaire de vivre une expérience semblable à Abraham pour vivre et comprendre l’expérience de Morija. C’est l’expérience du sacrifice de soi, de la mort à soi-même, du point de rupture absolu de la nature charnelle, et cela peut se faire tout simplement dans le cours de la vie quotidienne. C’est une expérience marquante qui doit rester une marque chaque jour de notre vie, et se répéter sans cesse pour notre sanctification.

Cependant je sais que personne ne peut aussi bien comprendre Morija que quelqu’un qui en passe par la manifestation physique. Je veux dire par là : se voir réellement, dans les circonstances humaines, redemander l’être le plus cher que l’on puisse avoir par le Seigneur, et se trouver placé devant le choix d’accepter ou de refuser… Dans de telles circonstances, on mesure ô combien qu’il est difficile de dire oui avec son cœur, alors que cet être cher peut mourir. Voilà une expérience de nature à briser un homme et à le marquer à vie. Voilà aussi une expérience qui lui enseigne la miséricorde, la compassion et la compréhension de ceux qui souffrent.

Conclusion

Sans doute pourrait-on ajouter bien des choses, des richesses supplémentaires. On aurait pu parler aussi de Néhémie, un homme au cœur brisé, et de plusieurs autres figures bibliques, qui toutes nous laissent des enseignements sur ce thème. Cependant, je le disais en introduction de ce message, ces clés que je partage ne prétendent pas être exhaustives ; et pourquoi écrire une énième fois ce que d’autres hommes de Dieu ont fait bien mieux que moi ?

Ces cinq points me tenaient particulièrement à cœur et je désirais les partager, de vous à moi, comme une discussion fraternelle. Que notre Père et Dieu Tout-Puissant vous bénisse dans le Nom précieux du Seigneur Jésus-Christ, amen !

 

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